samedi 17 novembre 2012

L’émotion contre la raison


OGM : Opération Générale de Manipulation
La récente affaire du professeur Gilles-Eric Séralini qui a défrayé la chronique médiatique à travers la publication dans le Nouvel Observateur d’un dossier dont le titre étalait en première de couverture « Oui, les OGM sont des poisons », a mis en lumière de manière caricaturale, un problème majeur qui traverse l’ensemble de la société française : le poids démesuré et systématique donné à l’émotion sur tous les sujets faisant débat, au détriment de la raison.

Ce cas est emblématique d’une opération commando de manipulation de l’opinion publique, à travers la publication dans un magazine généraliste, de résultats partiels et partiaux d’une étude réalisée dans le plus grand secret. Elle poursuivait l’objectif manifeste de choquer par « le poids des mots » d’un titre racoleur et « le choc des photos » en gros plan, de rats couverts de tumeurs.
Plus grave, le Nouvel Observateur a délibérément tenté de généraliser les résultats très discutables de cette étude à l’ensemble des OGM, en utilisant un titre racoleur et mensonger, et en diffusant des informations qui constituent des contre-vérités : le démenti des scientifiques et des agences de sécurité a été cinglant.

Les motivations ou l’engagement du professeur Séralini dans un combat anti-OGM, ne sont pas le sujet central de ce qui prête à polémique, pas plus que la validité de ses résultats, unanimement contestés par les scientifiques. C’est l’intention de manipulation de l’opinion en utilisant des procédés qui relèvent des techniques les plus classiques de la propagande, qui est inacceptable et dangereuse pour la démocratie. Le scandale, vite éventé, n’aura pas duré longtemps mais il aura laissé des traces qui auront des conséquences fâcheuses à la fois dans le débat sur les OGM, qui a perdu toute chance d’être conduit en toute sérénité, et pour les différents acteurs qui y participent, qu’ils soient Pros ou Antis OGM : experts et militants, Producteurs et institutions sont a minima, discrédités.

Les questions que pose ce dossier de manière éclatante et dramatique, sont au cœur même du fonctionnement démocratique :
-          Le privilège accordé à l’émotion sur la rationalité obère toute chance de prendre des décisions dont les enjeux politiques, environnementaux et économiques sont essentiels pour l'avenir du pays.
-          Quand la presse abandonne sa mission d’information du public, pour un petit rôle méprisable de communication et de propagande, elle insulte ses lecteurs, elle perd de vue l’importance cruciale qu’elle a dans la construction et l’exercice de la citoyenneté et dans le fonctionnement démocratique. Le scoop et la recherche de l’audience ne sauraient prévaloir sur le devoir d’informer.

Les médias contre la démocratie
Les OGM ne sont que la dernière illustration de la perversion préoccupante des systèmes d’information, qui mettent déjà en péril le fonctionnement global de la société française dans tous les champs stratégiques qui conditionnent son fonctionnement et son avenir : les élections, la performance économique et la compétitivité internationale, les choix politiques et sociétaux….
-          Le débat politique est fragmenté en petits mots dont la vacuité n’a d’égal que le cynisme ou l’humour de comptoir. Le désintérêt continu et grandissant pour la participation aux élections en est la résultante dont chacun des intéressés s’emploiera d'ailleurs à nier l’évidence.
-          Les affaires judiciaires sont traitées sons un angle sensationnaliste, et se jouent dans les médias plutôt que dans le prétoire au mépris des règles et valeurs les plus élémentaires de la justice.
-          La délinquance ordinaire, quant à elle, est traitée en continu dans des pseudo-reportages télévisuels et des émissions dédiées, qui n’ont vocation qu’à propager la peur et à imposer une vision et des réactions primaires à leurs publics.
-          Le rejet radicalisé de toute prise de risque, s’est imposé comme une règle de gouvernance, interdisant les initiatives et obérant toute chance de développement.
-          L’économie est artificiellement opposée au social sur un mode simpliste qui fleure bon les relents d’une idéologie éculée : les entrepreneurs sont diabolisés, la réussite systématiquement critiquée.
-          Les experts sont décrédibilisés dans tous leurs domaines d’intervention au prétexte discutable, de « conflits d’intérêt », la nouvelle tarte à la crème d’une militance de la médiocrité.

Comment, dans ces conditions, aborder des sujets fondamentaux mais toujours complexes, de la prévention de la délinquance, de l’immigration, des choix technologiques pour la production de l’énergie de demain, de la politique économique … quand les seules informations dispensées par les medias de masse, sont d’une pauvreté affligeante, et jouent la carte de la facilité de l’émotion et de l’exacerbation des passions plutôt que celle de la raison objective, la seule qui permette d'éclairer l'opinon au lieu de l'enfumer.
Les médias ne sont plus « le quatrième pouvoir » garantissant l’équilibre du fonctionnement de la démocratie : ils jouent contre elle, au profit de lobbies économiques ou d’idéologies qui masquent derrière leurs revendications de transparence et de moralité, la mise en œuvre de techniques de manipulation de l’opinion qu’ils maîtrisent parfaitement et qui sont au cœur même de leur culture militante.

La raison, clef de voûte de la démocratie
Il ne saurait y avoir de démocratie sans débats contradictoires, sur la base d’arguments raisonnés et objectifs, sans prise en compte et sans gestion de la complexité inhérente à tous sujet sérieux. N’en déplaise aux idéologues de tous bords, la compréhension d’un sujet et la prise des bonnes décisions ne saurait en aucun cas reposer sur des systèmes de croyance et une approche simpliste et dichotomique d’une réalité sociale ou économique, ou bien d’une question technique, sans se fourvoyer et tromper son auditoire … Et dans un monde complexe, structuré par des règles de droit, des normes, des procédures, le bon sens montre rapidement ses limites. C’est la collégialité des experts et des responsables politiques ou de la société civile, qui garantit la prise en compte de tous les facteurs d'explication, la prise en compte de la pluralité des points de vue, pour aboutir à la bonne information des citoyens et aux décisions les meilleures possibles. Ce processus suppose respect et confiance entre les interlocuteurs, respect des citoyens et confiance envers les professionnels et les institutions ... On en est loin, et les Medias ont largement contribué à ce discrédit, en allant systématiquement dans le sens de la pente, le sens des idées reçues, des idées simples et populistes : c'est la loi de la gravité, du moindre effort pour atteindre le seul objectif qui compte : l'audience. Initier des débats dans toute leur complexité, prendre l'opinion à rebrousse poils, combattre les lieux communs et les évidences, tout ce qui a fait la noblesse de la Presse, semble avoir disparu.
Aussi, le dénigrement systématique des acteurs politiques, économiques, puis plus récemment, des scientifiques et des experts dans leur domaine de compétence est un signal préoccupant en passe de bloquer le fonctionnement démocratique, et de générer des décisions absurdes.

Le storytelling de l’émotion : l’arme fatale des tyrannies
Dans l’affaire des OGM comme dans l’affaire du Mediator, que d’aucun se sont plus à rapprocher dans des dénonciations communes et militantes, sur les blogs et forums de l’extrême gauche et de la nébuleuse écologiste, comme dans les médias sur lesquels ils ont tribune ouverte, c’est le même processus qui est à l’œuvre : un art consommé de raconter des histoires, de scénariser un combat entre le bien et le mal, les bons et les méchants et de réduire la réalité d’un problème à une vision simpliste, essentiellement manipulatoire et nécessairement fausse. Le storytelling, ou « l’art de raconter des histoires », est une technique éprouvée, née aux Etats-Unis dans les années 90 et qui s’est déployée dans tous les secteurs du marketing, de la communication et du Management. Elle repose sur le principe simple et redoutable, qu’une belle histoire simple à comprendre et qui arrive à susciter de l’émotion auprès de son public-cible, garantit l’adhésion plus efficacement que toutes les vérités toujours plus difficiles à transmettre et à assimiler. Si la technique est à la mode, le procédé n’est pas nouveau : c’est celui qui fonde le discours de toutes les dictatures et de toutes les manipulations de masse.
Il est plus que temps de réhabiliter la parole de la science et de la raison, les contenus d’information ne se contentant ni de reproduire simplement « des faits », ni de raconter des histoires, mais fournissant les termes d’un problème, les éléments critiques pour juger.
Il est plus que temps de réhabiliter les experts et les professionnels spécialistes de leur domaine, qu’il soit technique ou non, et de faire l’effort d’entendre la part de vérité qu’ils portent, même si elle n’est que partielle. Pour la plupart, ils sont au service du pays, de ses intérêts et de ses citoyens.
Il est plus que temps de dénoncer le storytelling généralisé, son caractère manipulatoire, et le danger qu’il représente pour la démocratie et l’avenir de notre société.

 

lundi 12 novembre 2012

Les médecins tous corrompus ?


Les laboratoires pharmaceutiques et plus généralement « les entreprises produisant ou commercialisant des produits à finalité sanitaire et cosmétique destinés à l'homme » devront bientôt déclarer les cadeaux offerts aux professionnels de santé. Ce projet de décret poursuit l'objectif louable d'instaurer plus de transparence sur ces pratiques commerciales, en application de la loi sur le médicament votée après l’affaire du Mediator.

Il y a un mois, L’Express réalisait un coup médiatique, en révélant les attendus du texte provisoire et confidentiel, qui stipule que les avantages d'une valeur inférieure à 60 euros n'auront pas à être rendus publics, sensiblement différents d’une proposition antérieure rédigée sous la responsabilité de l’ancien Ministre de la Santé, Xavier Bertrand, qui exigeait que « les avantages soient rendus publics lorsque leur montant est supérieur ou égal à un euro ».

Le Docteur Bruno Toussaint, représentant de la revue médicale indépendante Prescrire, et le Docteur Philippe Foucras, président du Formindep, un collectif militant pour une formation médicale indépendante, ont manifesté leur indignation à la sortie du Ministère de la Santé tandis qu’Irène Frachon, la lanceuse d’alerte sur le Mediator, montait directement en première ligne à travers un entretien au vitriol accordé à l’Express la semaine suivante, et adressait une mise en garde à Marisol Touraine, via un courriel où elle s’indignait de la tournure des réunions de préparation du décret.

Irène Frachon s’érige en autorité morale supérieure admonestant dans cet article, plus qu’elle ne l’interpelle, la Ministre de la Santé Marisol Tourraine ; si le propos est franc, il est surtout violent et sa publication ne laisse pas de mettre la pression sur la Ministre, qui devrait peut-être réfléchir à l’opportunité de soumettre chacune de ses décisions à Irène, voire à lui céder sa place !
A en croire ces croisés de la « démocratie sanitaire » ( ?), ces pratiques commerciales relèveraient de la « petite délinquance », tous les médecins seraient « intellectuellement « corruptibles » et les laboratoires pharmaceutiques des corrupteurs par nature.
La différence entre un avantage de 1 euro et un avantage de 60 euros apparaît pourtant relativement modeste ; on est bien loin des voyages vers des destinations ensoleillées tous frais payés, des dîners dans des restaurants étoilés qui, il y a quelques années, introduisaient une suspicion légitime, et on peut s’interroger sur ce qui a pu provoquer cette véritable tempête dans un verre d’eau dans la mesure où :
-          Si l’on rapporte la valeur de ces avantages aux revenus moyens d’un médecin, le débat sur le seuil de déclaration frise le ridicule.
-          La pratique des petits cadeaux et avantages d’une valeur de quelques centimes à quelques euros est générale dans tous les secteurs d’activité, et relève des règles les plus élémentaires de la relation commerciale. Qui n’a pas reçu, un stylo, un gadget, ou même un agenda à couverture en PVC, fabriqué en Chine et siglé d’une marque quelconque, sur un salon ou dans le cadre de son activité professionnelle ? La qualité le dispute généralement à l’esthétique pour interdire une utilisation professionnelle ; qu’importe d’ailleurs, puisqu’il s’agit d’une marque d’attention très formelle ; c’est, en l’occurrence, le geste qui compte plus que la valeur.

Qu’est-ce qui motive réellement cette volonté de mettre les revenus et petits avantages des professionnels de santé sous une surveillance si étroite (au premier euro) qu’elle relève d’une suspicion a priori sur leur probité et leur indépendance ? Comme chacun a pu le constater auprès de son médecin travaillant 12 heures par jour, et comme il a pu se le faire confirmer dans la presse, les professionnels de santé sont influençables et surtout motivés par l’appât du gain !
A l’heure où les vrais problèmes sont le développement des déserts médicaux et le financement du système de Santé, cette querelle de chiffres apparaît particulièrement déconnectée des réalités, sinon totalement déplacée ; elle obéit néanmoins à des enjeux idéologiques qui sont loin d’être anodins.

Les médecins influencés par les petits cadeaux doivent être placés sous « surveillance citoyenne »

Au prétexte que, loin d’entretenir simplement l’amitié, les petits cadeaux font les grandes corruptions, le projet poursuivi se révèle pour le moins extrême dans ses justifications comme dans ses objectifs :

Pour Irène Frachon « les petites attentions des industriels tisseraient des liens aussi sûrement que de plus gros cadeaux » tandis que la revue Prescrire clame haut et fort « qu’il est solidement établi que les petits cadeaux influencent inconsciemment même les plus vigilants »(http://www.prescrire.org/Fr/3/31/48186/0/2012/ArchiveNewsDetails.aspx?page=1 ). On voit quand même difficilement un médecin trafiquer ses ordonnances pour un stylo quatre couleurs et un bloc-notes fluo !

Les objectifs du projet ne sont pas moins intéressants : « permettre aux citoyens de savoir ce que les médecins reçoivent des laboratoires pharmaceutiques (stylo-bille, bloc-notes, repas au restaurant, billets d'avion pour participer à un congrès médical, fonds destinés à financer un projet de recherche, etc...) et donc d'exercer leur esprit critique face aux discours tenus par les intéressés » … Si ce n’est un nouvel avatar de l’offensive généralisée déclenchée contre les professionnels de santé, on se demande quelles seraient les vertus d’un tel « contrôle citoyen » ; par contre on saisit immédiatement les dangers de cette « démocratie sanitaire » chère aux idéologues bobos de la mouvance écolo-libertaire et de la gauche de la gauche, qui rêvent de réinstaurer des « comités de salut public » pour les médecins, les labos et les entrepreneurs ; on les sent nettement moins empressés à appliquer la même exigence de transparence sur l’utilisation de la réserve parlementaire de 130 000 euros accordés aux députés … ils en ont quelques-uns et font partie, paraît-il, de la majorité parlementaire. Il reste qu’on voit également mal l’avantage que tireront les patients citoyens à « exercer leur esprit critique » : ils seraient bien en peine, pour la plupart, à changer de médecin surtout pour des motifs aussi éloignés de l’essentiel de la problématique du soin.

L’écho enthousiaste donné dans certains medias à ce projet politique inquiétant (les autres se taisent prudemment comme à leur habitude), sans analyse aucune des tenants et des aboutissants, ne peut que susciter une certaine perplexité, car en matière de petites ou grandes marques d’attention, le « quatrième pouvoir » est très loin d’être en reste par rapport aux professionnels de Santé. Journalistes politiques, économiques, chroniqueurs, éditorialistes sont bien obligés d’accepter quelques faveurs au nom de la proximité avec le pouvoir, nécessaire à l’exercice de leur très difficile travail de terrain dans les restaurants étoilés, les salons, les petites sauteries informelles ou les voyages plus ou moins officiels. On taira par pudeur les pratiques de la profession et on hurlera avec les loups à l’indépendance farouche de la Presse : il ferait beau voir que l’on applique le « contrôle citoyen » et la démocratie médiatique » aux « avantages » des journalistes et aux « subventions » accordées à certains médias, dès le premier euro ! Les lecteurs citoyens auraient de quoi « exercer leur esprit critique », et gageons que leur fréquentation des médias d’information deviendrait dramatiquement sélective pour la plupart d’entre eux.

Ainsi, ce qui a provoqué l’ire de la petite équipe de Foucras, Toussaint et Frachon c’est de voir contrarié leur projet d’une transparence totale sur ce que reçoivent les médecins dans le cadre de leurs relations avec les laboratoires pharmaceutiques.

Comme toutes les exigences de ce type, elle s’assimile dangereusement à un système inquisitorial et à son cortège de dérives paranoïaques. On est bien loin d’une démarche éthique fondée sur des relations de confiance entre partenaires institutionnels, médecin et patient ; Si selon l’adage, « la confiance n’exclue pas le contrôle », la transparence à ce point exclue totalement la confiance.

jeudi 4 octobre 2012

Chronique d’une catastrophe gouvernementale annoncée


Une crise de confiance légitime

Quatre mois après l’élection présidentielle, François Hollande et le gouvernement socialiste affrontent un grave problème de perte de confiance de la part des français ; l’ampleur et la rapidité de la dégradation de la crédibilité sont inédites et interrogent les ressorts réels du phénomène et ses conséquences à court et moyens terme.
Qui pourrait croire que les raisons avancées par l’opposition, conspuant tout à la fois l’absence de réalisme et de courage de la gauche face à la crise, son irresponsabilité, ses œillères idéologiques, etc… suffisent à expliquer la sévérité de la crise de confiance qui s’installe ? Le discours est attendu, simpliste et bien court pour expliquer la situation.
On n’accordera pas d’avantage de crédit au discours défensif et auto justificatif d’une gauche reconnaissant tardivement que la crise est plus grave qu’elle ne l’avait déclaré, ou aux habituels griefs contre l’héritage de la majorité sortante qui réduirait ses possibilités d’action.
Certes, les déficits structurels et abyssaux des finances publiques plombent durablement tout espoir de reprise ; certes le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance ou « pacte budgétaire européen » est extrêmement contraignant et ajoute au péril de la récession ; certes, l’industrie française s’est effondrée ces 10 dernières années … les raisons objectives ne manquent pas pour justifier la défiance naissante vis-à-vis du gouvernement.

Pourtant, il y a longtemps que la sévérité de la crise est parfaitement évaluée par les dirigeants d’entreprises comme par les salariés du secteur privé, et que la majorité de la population est résolue, et non pas résignée, à assainir les finances publiques.
Il y a longtemps également que l’ensemble des acteurs économiques et politiques, de droite comme de gauche ont conscience qu’un ajustement de l’économie française est impératif, urgent et sera nécessairement douloureux.
Qui peut croire que les entreprises, la société civile et les citoyens ne comprennent pas ni ne mesurent l’ampleur de la crise ? Ils la vivent et en éprouvent les conséquences les plus dures tous les jours, contrairement, est-il besoin de la préciser, aux politiques et hauts fonctionnaires qui en parlent sans la subir, sans la connaître sinon par procuration, et qui sont chargés d’y remédier ?

La crise de confiance que traverse le gouvernement ne saurait s’expliquer par les seuls facteurs exogènes d’une crise mondiale, ni par l’incompréhension d’une société qui n’en saisirait ni la gravité ni les difficultés à la maîtriser. Chacun est bien conscient de la nature d’une crise qui représente en réalité un changement de cycle fondamental de l’économie mondiale, et de la nécessité d’une adaptation majeure des économies française et européenne. : S’adapter, évoluer est un impératif catégorique ; tout va changer et plus rien ne sera comme avant ; tous en acceptent l’augure avec fatalité et parfois avec enthousiasme (c’est aussi l’occasion de redistribuer les cartes !).

 
Le changement c’est pas maintenant !

Pourtant, à cette mutation nécessaire et inéluctable de l’économie, devrait correspondre un changement radical des pratiques politiques, des modes de gouvernance et, plus fondamentalement, des relations et des structures sociales qui devraient la précéder. La mobilisation des forces vives de la nation, des talents, des énergies suppose que soient levés les freins et les blocages d’une société française qui n’a jamais été aussi inégalitaire, et aussi sclérosée. Ce n’est plus une démocratie, mais une ploutocratie, contrôlée par des castes, des lobbies, des classes dominantes hermétiques,  dans laquelle l’ascenseur social est en panne. Le changement de présidence et de majorité, pour peu enthousiaste qu’il fût, au vu des scores électoraux de la gauche et du niveau de l’abstention, ne traduisent certainement pas une conviction dans l’efficacité du programme de la gauche, ni d’ailleurs une simple volonté de changement de « style » (on reste confondu par la futilité de ce type d’interprétations), mais l’espoir que s’opère une rupture avec un système socio-économique suicidaire, construit depuis 30 ans.

Or ce n’est assurément pas ce qui se dessine depuis 3 mois ; les signes d’un changement radical et profond du fonctionnement de l’état comme les prémices d’une mutation sociétale libératoire ne sont pas au rendez-vous des espoirs portés par l’arrivée de la gauche au pouvoir : c’est tout le contraire, la confirmation sinon l’accentuation des fonctionnements pervers d’une « élite » économique et politique qui fait montre d’une cécité absolue et d’un mépris confondant pour l’intelligence et les aspirations de reste de la population. La désillusion est immense, brutale et ses conséquences seront à coup sûr dramatiques.

 
De l’illusion du changement à la certitude de l’inertie

Curieusement, personne ne s’est encore interrogé sur les facteurs endogènes d’une défiance généralisée désormais bien établie envers un pouvoir qui ne tient pas ses promesses, et qui n’adopte pas l’attitude et les discours propres à dynamiser et insuffler l’espoir, que l’on était en droit d’attendre de la présidence « Normale » de François Hollande. Les signes que délivre le gouvernement sont inquiétants et confirme la continuité sinon le renforcement à l’excès des pratiques endogames d’une élite en rupture avec les exigences légitimes d’une population qui réclame une révolution dans l’audace, la transparence et l’honnêteté.

Le constat est amer : il n’y a que le pouvoir qui change de mains, et encore, elles sont toutes surmontées d’une tête d’énarque, assez souvent de la même promotion, avec les mêmes réflexes de caste, la même arrogance, et un conformisme de la pensée autant décrié par les entreprises que dénoncé au sein même de l’ENA. L’Elysée et Matignon sont devenues des antichambres de l’ENA : Michel Sapin, Jean-Pierre Jouyet, Pierre-René Lemas, secrétaire général de l'Elysée et Sylvie Hubac, directrice de cabinet, Emmanuel Macron et Nicolas Revel, secrétaires généraux adjoints de la présidence, Aquilino Morelle « Plume » du président … Au gouvernement de Jean-Marc Ayrault, on recense Pierre Moscovici, Laurent Fabius, Michel Sapin, Fleur Pellerin, tous énarques, sans compter les cabinets ministériels « squattés » par ces profils uniformes et les grands corps de l’état où ils pullulent littéralement : ce n’est pas là une promesse d’audace et d’inventivité, ni le gage d’une expérience réelle et d’une connaissance intime des problématiques des entreprises, mais la certitude d’une gestion administrative laborieuse et timorée de la crise, plus préoccupée des chiffres que des hommes et des entreprises, sans aucun espoir de rebond économique et social.

Sortir de la crise économique par le haut, c’est d’abord résoudre la crise structurelle d’un modèle de société qui a atteint son degré ultime d’obsolescence et qui génère lui-même les freins à la reprise : crise de la représentation, crise de l’ouverture et de la fluidité du corps social, crise d’une société d’apartheid qui touche les classes populaires, les classes moyennes, les femmes, les handicapés, les PME, les minorités, les seules véritables forces vives de la nation. Le miroir que tend leur nouveau pouvoir est loin de refléter la diversité et les talents de la société française ; pire, les travers qui ont coûté si cher à l’ancienne majorité, sont encore plus marqués dans l’actuelle majorité.

Les signaux d’alerte ne cessent de s’accumuler et ne laissent pas d’inquiéter l’ensemble d’une population qui en a vu d’autres, qui ne se laisse plus avoir par des artifices de communicant, et qui constate que les hommes et le programme ne sont pas à la hauteur des enjeux, des sacrifices consentis, des souffrances et des attentes :

-          La rivalité entre Ségolène Royal et Valérie Trierweiler dont le Tweet assassin constitue l’apothéose, s’invite dans un moment fondateur de la vie politique nationale, qu’elle transforme en mauvaise série B, au mépris de tout respect pour l’ensemble de la nation et la solennité de l’élection. On passe du vaudeville Sarkosiste au « Secret Story » Hollandais et Paris Match, Gala ou Closer détrônent désormais Le Figaro, Le Monde ou Libération dans le suivi de la vie politique française.

-          L’inertie estivale d’un gouvernement, en vacances « bien méritées » après l’épuisante conquête du pouvoir, dans un pays où plus de 50% de la population n’en prend pas faute moyen ou de temps, et au moment où les plans sociaux et les faillites d’entreprises s’accumulent.
-          Les rivalités entre les divas du gouvernement, provoquants couacs et cacophonie qui rendent illisible la politique gouvernementale.
-          Les affaires qui, déjà, émergent et rappellent étrangement les pratiques tant décriées par les protagonistes eux-mêmes sous le gouvernement UMP.




La suspicion de « Conflit d’intérêt » envers Arnaud Montebourg et Audrey Pulvar dans l’affaire de la banque Lazard ne manquerait pas de sel compte tenu des prises de position du couple dans l’affaire Woerth, si elle ne révéler l’invraisemblable incongruité d’une situation qui paraît « normale » aux intéressés et à leurs pairs : l’association étroite des milieux économiques, politiques et journalistiques, au mépris de toute précaution sur les risques de trafic d’influence et de conflit d’intérêt dont on ne sait plus si les élites s’en affranchissent en toute impunité ou s’ils en sont totalement inconscients, ce qui n’est pas moins préoccupant.

-          L’omniprésence insupportable « d’hommes de l’ombre » trop visibles derrière le chef de l’état, le gouvernement et dont chacun se demande si la politique menée n’est pas directement d’abord dictée par les seules considérations de la « Com » au détriment de l’efficacité réelle ; il faut reconnaître que les 3 mois d’exercice gouvernementaux émaillés de discours, de communiqués et de véritables shows, relèvent plus de l’exercice savamment orchestré de théâtralisation et de dramatisation d’une Sitcom que de l’exercice du pouvoir. Que les conseillers politiques de l’Elysée et de Matignon soient des transfuges de l’officine Euro RSCG laisse le citoyen pour le moins dubitatif sinon inquiet, quand on sait les catastrophes politiques essuyées par Jospin et Strauss Kahn étroitement conseillés par la même officine ou des adeptes des « revolving doors » entre l’agence de Com et les ministères, à l’instar d’Aquilino Morelle, « la Plume qui pense » de Hollande et auparavant de Montebourg …

La défiance grandissante vis-à-vis du très récent gouvernement renvoie sans doute moins à la hauteur des difficultés qu’il affronte, qu’au constat alarmant qu’il n’a pas su aligner une équipe qui témoigne d’une ouverture et d’un renouveau de la vie politique et du fonctionnement du pouvoir ; au contraire, il a accentué jusqu’à la caricature, les travers d’un système qu’il dénonçait encore il y a quelque mois : le brouillage des frontières entre vie privée et vie publique, la prépondérance donnée à la « Com » sur l’action, le réflexe de caste énarquienne, le mélange des genres et des intérêts entre le premier et le quatrième pouvoir.

 

lundi 16 juillet 2012

L’élection à la présidence de l’UMP : une Primaire déguisée ?


Les grandes manœuvres ont commencé pour la conquête de la présidence de l’UMP, et les velléités de candidatures comme les ralliements se multiplient. François Fillon, ex premier ministre s’est déjà déclaré et il ne fait aucun doute que Jean-François Copé sera son adversaire les 18 et 25 Novembre ; sa candidature devrait être annoncée officiellement fin Août (les modalités sont à l’étude, pour qu’elle soit une démonstration de force directement légitimante). Alain Juppé quant à lui, passe manifestement et prudemment la main, faute d’une adhésion franche et massive à son esquisse de projet pour l’UMP.

L’affrontement annoncé n’est pas seulement un duel entre deux hommes qui ne s’apprécient guère, mais une bataille entre deux projets pour la recomposition de la droite impliquant des positionnements opposés et des valeurs différentes. Ce duel est le véritable enjeu de Novembre, et l’on ne peut que s’interroger sur la multiplication des projets de candidature de seconds couteaux qui tendent à brouiller les cartes. Ainsi voit-on ces derniers jours, des candidats putatifs déclarer qu’ils pourraient se présenter au suffrage des militants : Bruno Le Maire, Nathalie Kosciusko-Morizet et Xavier Bertrand tâtent le terrain dans les fédérations.
Difficile pourtant d’être candidat quand il faut trouver deux partenaires pour former un trio crédible, et obtenir le parrainage de presque 8000 militants ; dès lors quel sens accorder à ces candidatures potentielles ?

-          Bruno Le Maire, ancien ministre de l’Agriculture et député de l’Eure, envisage de poser sa candidature fin Août si les propositions qu’il a élaborées pour le projet politique de l’UMP n’étaient pas reprises par Copé ou Fillon ; pourtant, on voit mal comment il pourrait réunir les parrainages nécessaires et quelles personnalités seraient susceptibles de le rejoindre (Valérie Pécresse sollicitée, a déclinée et s’est rallier à François Fillon) ; sa démarche relève donc d’une très classique stratégie de chantage. Gageons qu’il sera rapidement rassuré par l’un ou l’autre des duellistes. Au-delà, Bruno Le Maire voit tout le danger que représentera l’affrontement des deux personnalités pour une présidence de l’UMP dont chacun sait qu’elle sera déterminante pour la candidature à la présidentielle de 2017 : le risque de faire l’impasse sur le positionnement et la stratégie politique de l’UMP à l’heure où il faut qu’elle se reconstruise dans l’opposition plutôt que d’engager des primaires (http://www.lejdd.fr/Politique/Actualite/Interview-de-la-semaine-Le-Maire-Je-ne-me-lancerai-pas-dans-une-aventure-solitaire-525397 )


-          Nathalie Kosciusko-Morizet fait actuellement le tour des fédérations pour évaluer son projet de candidature : elle devrait vite être fixée et pas nécessairement positivement. Dès lors, son positionnement au sein de la campagne va devenir délicat : Elle voue une vraie détestation à Copé mais comment rallier Fillon quand Valérie Pécresse a préempté la place de choix ? Pour elle également, il s’agit à travers son éventuelle candidature, de désamorcer ce qui s’annonce comme un duel entre deux personnalités antagonistes au détriment du débat d’idées et du choix de la ligne politique de l’UMP. (http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2012/07/03/97001-20120703FILWWW00573-ump-nkm-d-accord-avec-juppe.php )


-          Xavier Bertrand, ancien ministre du travail et député de l’Aisne, est sans doute des trois, le plus crédible à poser une candidature qui ait une chance de passer le barrage des parrainages et de rallier autour de lui quelques personnalités en déshérence entre Copé et Fillon. Néanmoins, cette candidature potentielle est directement conditionner par le projet de XB d’être candidat déclaré en 2016 ; en somme, une candidature qui a peu à voir avec la refonte du parti et son projet politique, et beaucoup avec la seule stratégie personnelle de Xavier Bertrand d’être investi pour la présidentielle de 2017. Il devrait néanmoins méditer les réflexions de François Baroin qui mettait dernièrement en garde les candidats contre l’erreur fatale de vouloir « utiliser le parti à des fins personnelles » et de considérer que le congrès de l’UMP de Novembre serait une Primaire anticipée. ( http://www.liberation.fr/politiques/2012/07/11/pour-baroin-le-president-de-l-ump-devra-demissionner-en-2016_832631 )


Ainsi, les candidatures potentielles de Le Maire et Kosciusko-Morizet constituent des mises en garde fortes sur le risque réel que le duel Copé-Fillon pour la présidence du parti ne devienne une Primaire officieuse et fasse une impasse lourde de conséquences sur un débat d’idées et une redéfinition de la ligne politique qui s’avèrent vitaux pour l’UMP. La candidature éventuelle de Xavier Bertrand par contre, répond à une logique inverse qui , si elle s’impose, provoquera une crise grave au sein du parti d’opposition.


mercredi 6 juin 2012

Servier : L’Hallali jusqu’à la lie


La procédure de Nanterre pose une Question Prioritaire de Constitutionnalité (QPC) …

Le procès en citation directe pour "tromperie aggravée" qui s'était ouvert lundi 14 Mai, à l’encontre des Laboratoires Servier, devant la 15ème chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance (TGI) de Nanterre, a été reporté dès le 21 mai. Isabelle Prévost-Desprez, la présidente de la 15e chambre du Tribunal de Grande Instance (TGI) de Nanterre, a en effet donné raison à la défense de Servier qui avait soulevé une question prioritaire de constitutionnalité (QPC), et a considéré qu’il était légitime et important de la transmettre à la Cour de Cassation.
Le tribunal a considéré que les droits et les libertés de la défense pouvaient être mis en cause dans la mesure où les prévenus cités par voie de citation directe à Nanterre, étaient mis en examen pour les mêmes faits devant le pôle Santé du TGI de Paris et « ne pourraient par exemple produire des pièces couvertes par le secret de l'instruction ou placées sous scellés ». Dans ces conditions le tribunal de Nanterre « ne serait pas en mesure de juger dans le respect des droits des parties ni de garantir un procès équitable ».
La QPC soulevée par la défense de Servier, relève d’une question fondamentale pour la Justice, de garantir le respect d’un procès équitable, tant pour les prévenus que pour les plaignants, et elle a été jugée suffisamment sérieuse pour que la juge décide de la transmettre à la Cour de Cassation.
Une audience de procédure prévue le 14 décembre, devrait permettre de fixer la date éventuelle de reprise du procès, en fonction de la décision de la Cour de cassation de saisir ou non le Conseil Constitutionnel de cette question.

… et pointe « l’instrumentalisation de l’opinion »

Néanmoins, la présidente de la 15e chambre du TGI de Nanterre, Isabelle Prévost-Desprez a également assorti sa décision d’un préambule extrêmement sévère à l’égard des avocats des parties civiles et … d’une bonne partie de la presse qui, assez logiquement, ne s’en est pas vantée. C’est pourtant une véritable gifle qu’administre la juge Isabelle Prévost-Desprez aux avocats des parties civiles et à la presse, à travers le rappel, s’il en était besoin, des principes fondamentaux du droit, et la dénonciation d’une véritable « instrumentalisation de l’opinion publique » :
« Le tribunal juge en droit et uniquement en droit. Les parties, prévenus et parties civiles ont droit à un procès équitable et il est de l'office du juge de garantir ce procès équitable. Il n'appartient à aucune partie de décider, ni d'imposer son calendrier fut-il médiatique ou judiciaire en bafouant les règles fondamentales du procès pénal qui ne peut être fondé que sur la sérénité et le respect du droit de chacun. Il ne saurait être imposé à aucun juge un dossier tronqué au motif que la justice doit passer vite. Il n'appartient pas aux parties de dicter leur décision aux juges en instrumentalisant l'opinion publique.»

La charge est cinglante et constitue une condamnation sans équivoque des pratiques et manipulations de l’opinion auxquelles se sont livrés sans mesure et sûrs de leur impunité, un certain nombre de journalistes et de personnages politiques ou médiatiques. Une telle leçon est aussi suffisamment rare pour souligner l’ampleur et la gravité des dérives auxquelles se sont livrés ces acteurs pour provoquer une telle admonestation publique de la part d’un Magistrat : « instrumentalisation de l’opinion publique » … C’est un terme terriblement fort : cela veut dire manipulation, propagande, influence, storytelling. C’est une réalité sordide, d’intérêts inavouables, de mépris des gens et de la vérité, très éloignée des idéaux Républicains, des principes fondamentaux de la Justice, et bien sûr des valeurs et missions du Journalisme.

Face à une leçon aussi sévère et un rappel à l'ordre d’une telle gravité, on aurait légitimement attendu l’ouverture d’un débat sur les pratiques qui l’avaient justifiée, à défaut d’un mea culpa journalistique ou du silence contrit de certains responsables politiques … ce fut évidemment le contraire : une contre-attaque rageuse d’un microcosme pris en flagrant délit d’instrumentalisation de l’opinion, contre la Justice, ses procédures destinées à préserver le droit, et la personne même du Juge … Des réactions qui semblent moins relever d’une déception bien naturelle, que de ressorts moins avouables : tenter de limiter les dégâts après avoir été pris en flagrant délit d’instrumentalisation de l’opinion.


Petite manipulation entre amis …

Ainsi, une certaine Presse partisane va-t-elle orchestrer sa riposte en rendant compte de la question essentielle du respect de l’équité dans un procès de Santé Publique, d’une façon pour le moins partielle, sinon franchement partiale : la question prioritaire de constitutionnalité (QPC) devient une simple « question de procédure » comme l'illustrent des titres suggestifs sinon tendancieux :
« Le procès du Mediator reporté pour une question de procédure » (Nouvel Observateur 21/05/2012).
« Mediator : le procès Servier renvoyé pour une question de procédure » (Le Figaro 21/05/2012)
« Victoire procédurale pour Servier au procès du Mediator » (L’Express 21/05/2012)
« Mediator : Servier gagne du temps » (Mediapart 21/05/2012)

Les titres comme les contenus de ces articles laissent accroire qu’il s’agit d’une « stratégie procédurale » de Servier que permettrait une justice souffrant d’un excès de formalisme et de complexité … au détriment de la justice : « les arcanes de la procédure permettent souvent à des prévenus d'enliser les enquêtes » peut-on lire.
Plus grave, des parlementaires adoptent cette posture de déni et de remise en question des décisions du Juge. Ainsi, le député Gérard Bapt (SRC, Haute-Garonne), ex-coprésident de la mission d'information sur le Mediator et la pharmacovigilance, s’est-il exprimé dans un communiqué en déclarant « que les avocats de Servier (avaient) atteint leur but: faire reporter l'audience à Nanterre » et en spéculant que « L'objectif final (était) que ce dossier ne puisse venir que dans des années devant un tribunal ». Si on peut comprendre le dépit d’un adversaire résolu de Servier, on ne peut que déplorer le manque de réserve d’un député sur une procédure de Justice, et s’étonner de la curieuse « convergence » de ses propos avec les réactions d’autres protagonistes et journalistes sur cette affaire, feignant d’ignorer l’objection du droit pour la remplacer par une histoire de manipulation procédurière.

Du journalisme à la tribune des bobos

Certains journalistes, dont les liens étroits avec des protagonistes de l’affaire ne sont plus à établir, ont même définitivement rompu avec les règles les plus fondamentales du journalisme pour se répandre dans l’exercice douteux de l’expression de leurs convictions personnelles … encore faudrait-il en avoir le talent et surtout la légitimité ; ceci pose clairement la question d’une dérive d’un système médiatique où le statut de journaliste confèrerait de facto le pouvoir d’exprimer des sentiments personnels au mépris de l’exercice d’un métier exigeant : délivrer une information objective sur des faits et une analyse pertinente. C’est prendre le public pour ce qu’il n’est pas : la dupe des instrumentalisations en tous genres de l’opinion, qui plus est quand elles sont grossières et maladroites.
A ce propos, l’article de Sophie De Deserts dans le Nouvel Observateur constitue-t-il un contre modèle édifiant du métier de journaliste.
Ainsi dresse t'elle des portraits des prévenus, destinés à susciter l'indignation : « La porte-parole du laboratoire Lucy Vincent, papillonne, tout sourire, sur ses hauts talons » ou « Sur le banc des prévenus, le vieux Jacques, lui aussi, paraît étonnamment dilaté ».Quant à la juge Isabelle Prévost-Desprez, elle a également droit à son coup de griffe « La magistrate (est) droite dans ses bottes » ; sans doute sa décision a t'elle déplu à Sophie De Deserts ...
Pourtant on ne s’étonnera pas de trouver ce type de commentaire qui sent son parti-pris lourd de sens, sous la plume de Sophie De Deserts, quand on prend la peine de compiler ses articles antérieurs sur l’affaire : une collection de charges contre Servier, pas si gratuites que cela, et très loin d’un travail d’investigation et d’analyse journalistique. Elle feint d’ignorer le rappel à l’ordre de la juge Isabelle Prevost-Desprez dénonçant « l’instrumentalisation de l’opinion », comme le Nouvel Observateur d’ailleurs ; un comportement regrettable qui témoigne de l’aveuglement et de la morgue d’une coterie de Bobos parisiens persuadés qu’ils font l’opinion.
La consternation, partagée par de nombreux confrères, le dispute à l’inquiétude sur l’avenir du métier et des grands médias d’information, que ce type de dérives décrédibilisent et condamnent à plus ou moins court terme, à disparaître.

Le storytelling de l’émotion

L’époque est au retour de l’émotion contre la justice autorisant toutes les dérives : moralisation de la vie politique, dénonciation de scandales sanitaires, des affaires, des conflits d’intérêt, des mœurs… de nobles causes en apparence, mais dont le projet porte paradoxalement en lui-même de réelles menaces sur le fonctionnement de la République. Un rigorisme moralisateur est de retour, sur le modèle du puritanisme américain, l’hypocrisie comprise bien entendu, porteur de tous les dangers qui lui sont associés : de la stigmatisation des cibles désignées à l’opprobre public au déni de Justice … Un Maccarthysme à la française dont on sait sur quoi il va déboucher ...

Le commerce des indignations morales de façade est payant pour des politiques en mal de popularité et des journalistes de tabloïd qui ont choisi de façonner l’opinion plutôt que de l’informer.
Pas un discours politique ou un éditorial sur l’affaire Servier qui ne se pare d’une indignation si sérieuse et vertueuse, qu’elle finit par apparaître pour ce qu’elle est vraiment : une posture, une composition étudiée. La Com et le Storytelling ont remplacé l’information et le débat public.
Quand tout est lisse et évident, opposant un royaume du « souverain bien » à un hypothétique empire du mal, on sombre rapidement dans l’univers des contes pour enfants, d’un manichéisme simpliste qui fleure bon la manipulation.
Ainsi, on ne s’étonnera pas de trouver dans Le Nouvel Observateur, un article édité le 26/05/2012 par Amandine Schmitt, auteur parrainé par Sophie Des Deserts (décidément !) portant le témoignage d’Irène Frachon, qui livre son indignation sur la décision de la juge Isabelle Prevost-Desprez.

Si l’engagement et la pugnacité d’Irène Frachon dans sa mission de « lanceuse d’alerte », sont remarquables et la sincérité de ses convictions évidentes, ses prises de position sur une décision de Justice sont beaucoup plus sujettes à caution. Ses critiques de la juge Isabelle Prevost-Desprez sont déplacées, tout comme sa vision toute personnelle d’une justice expéditive qui ne respecterait pas les principes fondamentaux du droit.
« Les victimes ont entendu, ébahies, un juge, Isabelle Prévost-Desprez, déclarer dans un préambule, résonnant comme un étonnant règlement de compte personnel, que la justice ne se laisserait pas bousculer par "l’instrumentalisation de l’opinion publique". Que personne n’imposerait un quelconque "calendrier médiatique ou judiciaire", ni un procès soi-disant "tronqué, inéquitable" à la justice pénale »
On croit rêver face à un tel aveuglement et un tel déni ... Fort heureusement la Justice ne se fonde pas sur les sentiments d’indignation théâtralisés mais tire sa légitimité du droit, et il n’est pas acceptable qu’Irène Frachon mette son autorité morale au service d’une manœuvre qui substitue l’émotion à la raison : ce n’est plus un appel à la Justice mais au règlement de compte.
On ne peut que se rallier à la position de l’avocat de Servier, Me Hervé Témime qui rappelle que «l’essentiel est d'enfin considérer que la justice étant saisie ce sont les règles du procès qui doivent s'appliquer et non celles d'un débat médiatique grotesque, manichéen et perverti par des comportements qui n'auraient pas dû être ».

Haro sur la justice !

Cette décision de report du procès, fondée sur une QPC jugée sérieuse, a profondément déstabilisé les adversaires les plus résolus de Servier : journalistes, politiques, avocats des parties civiles dans la procédure de Nanterre. Ils croyaient l’affaire déjà jugée devant l’opinion publique, et considéraient le procès pénal comme une simple formalité. Ainsi, l’un des avocats des parties civiles, Me Charles-Joseph Oudin, s’était-il permis de fanfaronner au Monde, le premier jour du procès « En dix jours, c’est plié et ils partent avec les menottes » ; on mesure l’humiliation du jeune avocat, neveu de Catherine Hill, l’épidémiologiste de l’Inserm ayant avancé les chiffres de la mortalité associée au Mediator, invité sèchement à revoir son code de procédure pénale et … à mesurer ses propos.
La réaction des avocats des parties civiles ne s’est pas fait attendre : ils réclament la récusation de la juge Isabelle Prevost-Desprez, dont ils n’ont pas apprécié la leçon de chose, comme le rapporte le JDD :
« Une juge à abattre? Trois des principaux avocats de victimes dans l’affaire du Mediator – Martine Verdier, Charles Joseph-Oudin et François Honnorat – veulent obtenir le dessaisissement d’Isabelle Prévost-Desprez. Ils s’apprêtent à transmettre une requête en récusation au premier président de la cour d’appel de Versailles. Lundi dernier, ils n’ont pas apprécié les propos liminaires de la présidente de la 15e chambre »

Ils en louaient pourtant l’indépendance et l’impartialité au moment où ils ont délivré leur citation devant la chambre qu’elle préside …
Des réactions qui tranchent avec celles de l’avocat de Servier, Me Hervé Temime et de Lucy Vincent, directrice des opérations extérieures de Servier, qui assurent que « ce procès n'est absolument pas volé aux victimes » et que cette décision garantie "un procès plus équitable" pour tous, dans un délai raisonnable devant le Tribunal correctionnel de Paris, réunissant depuis des mois des éléments de preuves approfondis.
La procédure de Paris semble donc s’imposer comme la plus susceptible d’assurer un procès équitable tant pour les prévenus que pour les milliers de plaignants … les prises de position des avocats des parties civiles impliquées dans la procédure parisienne et qui étaient opposés à celle de Nanterre jugée hasardeuse sinon dangereuse, conforte cet opinion, de même que les avis de juristes publiés sur le net et qui condamnent sans appel la procédure de Nanterre : « Mediator : Le naufrage d’une procédure spectacle »

Un constat qui révèle combien les attitudes et prises de position d’un certain nombre d’adversaires de Servier ont peu à voir avec l’intérêt des parties civiles, et beaucoup avec des intérêts qui restent à éclaircir. Un constat qui révèle également l’incroyable opération d’intoxication de l’opinion publique dont il reste à démonter l’écheveau et à comprendre les intérêts qu’elle sert.
Malgré une condamnation sans appel par un juge, de « l’instrumentalisation de l’opinion publique » dans l’affaire Servier, leurs adversaires, forts de leur influence, poursuivent avec acharnement, leur opération de lynchage médiatique. C’est une bataille qui dépasse désormais le cadre de l’affaire et qui touche aux fondements mêmes du fonctionnement de la République et des principes fondamentaux du droit : celle de la raison et de l’objectivité, contre les errements des passions et la subjectivité, si aisément et si souvent manipulés par de puissants intérêts. Le rideau commence à se lever sur la pièce de théâtre qui s'est jouée ces derniers mois sur l'affaire Servier ; on attend de passer, enfin, au vrai procès.

mardi 29 mai 2012

Xavier Bertrand, un ami qui vous veut du bien (2/2)


Les tribulations de Bel ami

On croirait Xavier Bertrand tout droit sorti d’un roman de Maupassant, une sorte de George Duroy du 20ème siècle qui monte plus haut et plus vite au sommet, en prenant l’escalier qu’en prenant l’ascenseur ; une performance saluée par ses camarades qui reconnaissent qu’il a certes de bonnes chaussures et le goût de l’effort sportif, mais aussi et surtout une habileté inouïe à prendre les virages à 180° dans la cage d’escalier.

En effet, Xavier Bertrand a des allégeances changeantes : Raffarin, Juppé, De Villepin, Sarkosy … sans doute le signe d’un cheminement personnel, d’une maturation progressive de sa réflexion, à moins que ce ne soit tout simplement de l’opportunisme : une attitude souvent payante en politique.

L’ancien assureur de mobylettes à Flavy-le-Martel a fait du chemin et personne ne l’a vu venir.
Député pour la première fois en 2002, il fait en 10 ans un parcours express : Secrétaire d’état chargé de l’assurance maladie, puis plusieurs fois Ministre de la Santé et Ministre du Travail. Il réussira dans les quelques intervalles de ce parcours express, à être Maire de Saint Quentin, Député par intermittence de la 2ème circonscription de l’Aisne, porte-parole de la campagne présidentielle de Sarkosy, Secrétaire général de l’UMP.

Il aura roulé tour à tour pour les chiraquiens, les Villepinistes, puis les Sarkosystes. Et c’est bien là le problème : le flou artistique qui entoure ses convictions et ses motivations.
C’est un homme secret mais beaucoup hésitent sur les raisons de cette discrétion : la pudeur, ce qui serait plutôt une qualité dans le contexte de surenchère « pipolisante » qui affecte la sphère politique, ou la dissimulation, indice d’une certaine duplicité d’un homme intelligent et calculateur, dont on ne sait jamais ce qui l’emporte, de ses ambitions personnelles ou de son engagement politique ?
Ce Franc-maçon déclaré n’est pas un homme de cour ; il n’en maîtrise pas les règles, les subtilités et les compromissions légèrement honteuses. Mais c’est incontestablement un homme ambitieux, qui sait parfaitement se rendre utile à ses mentors avec l’abnégation du bon serviteur : donc un homme précieux, « brillant mais sans idéal » et « avec les convictions d’une girouette » pouvait-on lire dans l’édition locale de l’Express du 25 septembre 2008.

De la Com à l’influence
Xavier Bertrand est un bosseur, qui connaît toujours à fond ses dossiers, mais c’est aussi un homme de communication qui n’oublie pas que le faire-savoir est aussi important que le savoir-faire ; et au regard des politiques qu’il a menées, on se pose la question de savoir laquelle de ces deux dimensions a pris le pas sur l’autre.
En effet, XB a su s’entouré de spécialistes qui gèrent efficacement son image. Tous sont issus de l’agence de communication Euro RSCG C&O, filiale du groupe Havas … Au premier chef, Gwladys Huré, qui quitte son poste de directrice Conseil dans cette société pour devenir sa conseillère personnelle tout au long de son parcours, du Ministère de la Santé à celui du travail en passant par l’UMP. Xavier Bertrand entretient des liens très étroits avec cette agence, dès avant le recrutement de Gwladys Huré et jusqu’à aujourd’hui. Les collaborateurs et les amis de XB n’ont de cesse de passer des antichambres ministérielles à l’agence et vice et versa ! C’est une pratique familière des cabinets ministériels, mais pas pour autant moins condamnable, la pratique des « Revolving Doors ». Ainsi, son attachée de presse pendant 8 ans, Florence Depré, est-elle aussi issue d’EuroRSCG ; son directeur de cabinet, Michel Bettan, a quant à lui fait le trajet inverse, comme d’autres collaborateurs de XB, en étant recruté par Euro RSCG C&O en 2010 en tant que « Partners », spécialiste de l’influence et du lobbying, responsable du réseau Worldwide Public Affairs du groupe Havas, mettant au service des Grands Comptes de l’agence « son capital relationnel avec les medias, les décideurs politiques institutionnels, la communauté financière et les e-influenceurs » (selon le communiqué de presse d’Euro RSCG C&O). Michel Bettan, franc maçon, initié au GODF, comme Xavier Bertrand … Et on ne saurait manquer de citer également Aquilino Morelle, ami de Xavier Bertrand, et s’occupant du pôle stratégique « Santé » de l’agence (dont l’un des principaux clients est Sanofi !) qui sera missionné par le ministre, pour écrire à une vitesse stupéfiante, le célèbre rapport au vitriol de l’IGAS sur le Mediator.
Ces pratiques sont parfaitement légales et, hélas, communes. Elles interrogent néanmoins le simple citoyen simplement armé de son bon sens, sur le péril que fait courir ce « petit trafic d’influence entre amis » pour la démocratie, et la « moralité de la vie politique ». Au-delà, ces relations privilégiées entre Xavier Bertrand et une agence de communication aussi puissante d’Euro RSCG C&O et le groupe Havas, jettent un lumière particulièrement inquiétante sur le personnage de XB et sur l’ensemble de ses « faits d’armes » politiques, qui ressemblent plus à du Storytelling de gourous de la Com, qu’à des actions guidées par l’intérêt public. La réforme des retraites relève t’elle d’un enfumage très sophistiqué ? L’affaire du Mediator relève-t-elle d’une manipulation de l’opinion publique à grande échelle ? Le doute est permis au regard des amitiés et liens d’intérêt de Xavier Bertrand et de ses collaborateurs avec le leader mondial de l’influence sur les medias et l’opinion publique.

jeudi 24 mai 2012

Xavier Bertrand, un ami qui vous veut du bien (1/2)


La défaite de Sarkosy à la Présidentielle à peine consommée, la campagne des législatives commence. Pour l’UMP, ces élections risquent de s’avérer difficile, non seulement parce que la gauche semble en position de force pour obtenir une majorité, que le FN est manifestement susceptible de faire trébucher les candidats UMP dans un nombre considérable de circonscriptions, mais aussi parce que l’unité de l’UMP se fissure, malgré les protestations des intéressés.

Un certain nombre de ténors de l’UMP risquent d’affronter des difficultés sérieuses, et notamment Xavier Bertrand dans l’Aisne, un département sinistré, l’un des rares qui affichera une croissance négative en 2012 … et XB malgré son entregent et sa proximité au pouvoir, n’y a rien pu faire : mais le pouvait-il seulement ? Rien n’est moins sûr, et les électeurs ne manqueront pas de s’interroger sur les capacités de XB à faire rebondir un département sinistré lors qu’il n’a plus désormais un poste au gouvernement et l’amitié d’un président de la République pour l’en empêcher.

Frère Bertrand, un faux-ami

Xavier Bertrand est un homme paradoxal : une rondeur bonhomme et a priori sympathique qui cache un véritable tueur, précis, implacable et teigneux : c’est un faux gentil et un vrai méchant,  un « faux-ami » mais un vrai « frère » (mais seulement pour les Francs-Maçons) … Bref un homme dont même ses « amis » ont appris à se méfier, peut-être même plus que ses ennemis.

Ses anciens « amis » ne tarissent pas d’éloges et de marques d’affection pour un XB qui n’en demande sûrement pas tant. Les sobriquets dont on l’affuble à l’UMP vont de l’attendrissant (« Chouchou », Gentil XB »), à l’avilissant et immérité (« lèche-bottes ») … jusqu’au carrément inquiétant (« Porte-flingue », « Scareface ») … Ils disent assez l’estime et l’amitié qu’il semble inspirer au sein de sa propre famille politique.

Mais qu’est-ce qui peut susciter un tel déferlement de sympathie et d’admiration ? Son sens de l’humour, son esprit de camaraderie ou bien encore son célèbre goût pour la déconnade ? En tout cas ce n’est apparemment pas son sens de la fidélité et son engagement désintéressé.

En son temps, Vincent Savelli, un « ex ami », 18 ans secrétaire de circonscription du mouvement gaulliste, avait exprimé tout haut ce que beaucoup pensent tout bas : « Xavier Bertrand ne fait pas de la politique par conviction, il fait carrière dans la politique ». On ne pourrait rêver plus bel éloge pour convaincre des électeurs de la sincérité et de la justesse des convictions de XB. Vincent Savelli claquera la porte de l’UMP le jour même de la confirmation de XB au poste de Secrétaire Général, sans doute un ultime gage d’affection. Jean-François Coppé et Brice Hortefeux, et bien d’autres camarades ne démentiraient pas cette opinion sur un homme envers lequel ils éprouvent manifestement une amitié et une admiration sincères ; eux aussi ils claqueraient bien la porte de l’UMP, mais plutôt au nez de XB.

Alors, on peut sérieusement se demander si Xavier Bertrand, un homme si bien entouré de tant d’amis, n’est pas le candidat idéal pour les législatives dans l’Aisne, où il risque de consacrer beaucoup plus d’énergie à garder ses amis qu’à se garder de ses adversaires politiques, déjà fort nombreux. Et en cas de succès, on se pose la question de savoir comment il réussira à redonner une dynamique au département avec des appuis aussi fiables que sincères dans les propres rangs de l’UMP.

lundi 7 mai 2012

Une démocratie de l'influence


Le débat entre les deux candidats à la Présidentielle a constitué l’acmé d’une campagne déceptive à bien des égards, tant sur le fond que sur la forme. Un débat à « couteaux tirés », « sous haute tension » annoncé et présenté comme un combat de boxe par des médias qui ont renoncé depuis longtemps à leur posture critique et à leur mission d’information, pour investir leurs nouveaux rôles de chauffeurs de salle et de producteur de spectacle. Les bons mots, le recyclage des citations plus ou moins humoristiques ou cyniques, avec la légèreté ou la gravité qui sied à une presse mondaine et pipolisée, masquent mal que les medias ont perdu leur indépendance, qu’ils sont aux ordres de leurs actionnaires et d’un pouvoir qui les maintient sous perfusion de subventions publiques.
Les réseaux d’influence minent une République moribonde, dont on peut prédire sans risque, qu’elle se dirige tout droit vers son implosion, avec tous les risques (mais aussi tous les espoirs) que cette issue comporte. Jamais la manipulation des faits et de l’information n’avait atteint un tel degré de sophistication : un degré ultime où la plupart des acteurs de second rang de cette Comedia dell’arte sont convaincus qu’ils sont (de bonne foi mais parfois de mauvaise conscience) dans leur rôle au service du bien commun et de la vérité.

Les médias contre le pouvoir, tout contre…
Dans la ploutocratie qu’est désormais devenue la 5ème République, les médias ne jouent pas leur rôle de « 4ème pouvoir » mais sont devenus, de fait, les auxiliaires précieux des élites avec lesquelles ils entretiennent des relations de proximité particulièrement étroites. Quelques observations incitent furieusement à interroger cette réalité :
Si le coup de foudre est imprévisible et l’amour réputé aveugle, les exemples de couples formés par un politique et une journaliste sont devenus si fréquents, qu’ils interpellent sur les raisons qui expliquent un fait sociologique aussi massif : Bernard Kouchner et Christine Ockrent, François Hollande et Valérie Trierweiler, Jean-Louis Borloo et Béatrice Shönberg, Dominique Strauss-Kahn et Anne Sinclair, Arnaud Montebourg et Audrey Pulvar … Au-delà des relations amoureuses qui ne regardent personne, on ne saurait ignorer que ce constat interroge légitimement les relations entre politiques et journalistes ; certes, ils se croisent et se côtoient, mais il en va de même, par exemple, des PDG et des représentants syndicaux : on n’a pourtant jamais observer que les négociations salariales se transformaient en relations intimes ! Mais surtout, on s’interroge sur l’incidence de ces relations sur la manière dont les medias traitent ensuite l’information politique (et cela, bien sûr, sans remettre en question l’intégrité et la déontologie professionnelle de tel ou telle).
Comment ne pas aussi s’interroger sur les liens d’intérêt et d’amitié entre les grands patrons du Monde, de Libération, du Figaro, du Nouvel Observateur… avec des personnalités de premier plan du PS comme de l’UMP … Cela n’aurait aucune incidence sur l’indépendance de ces medias institutionnels et sur leur manière de traiter l’information ; on aura la politesse de le croire ! Libération s’affiche en Pravda du PS et a manifestement fait son choix entre organe de presse et organe de propagande. Les journalistes du Figaro s’émeuvent timidement de leur absence d’indépendance. Les Pigasse, Olivennes, Demorand seraient les chevaliers blancs du sauvetage de la presse, qui ne leur rapporterait rien et même leur coûterait des fortunes : on les plaint, on les admire et on loue leur sens de l’abnégation au service de la liberté de la presse ! Bien évidemment, ce qui est en question, c’est la réalité sociologique qui réunit les « élites » politiques, économiques et journalistiques dans des références et fonctionnements partagés, et la défense des mêmes intérêts de « classe ». Il n’y a plus de place à la contradiction,
On comprend, dans ce cadre, que l’examen critique des enjeux et des faits sur l’actualité et les grands sujets politiques ou de société, aient été progressivement remplacé dans les medias, par des récits simplistes et des contes moraux, calqués sur une représentation du monde aussi manichéenne qu’efficace en matière de propagande, que celle développée en leurs temps par Reagan et Bush : l’opposition du « Bien » et du « l’empire ou de l’Axe du Mal ». Or, en ces matières, la simplicité est bien souvent sinon toujours, la marque de la dissimulation et de la manipulation, et l’unanimité, celle De la pensée unique et de la communauté d’intérêts.

Le storytelling, nouvelle pratique journalistique
Les protestations véhémentes d’objectivité de de neutralité des journalistes qui travaillent pour les principaux titres de la presse nationale, sont systématiques et violentes, quand on ose soulever la question de leur indépendance, mais elles sont hélas loin de suffire à établir leur réalité ; c’est d’ailleurs exactement le contraire que démontre un simple examen de leurs choix éditoriaux et de leurs articles sur les affaires :
-          L’exercice de la bonne vieille revue de presse sur un sujet d’actualité révèle assez vite l’étrange répétition des mêmes textes dans toute la presse, où les seules variations concernent au mieux, un titre, une phrase et le plus souvent, une virgule. A croire que les medias n’emploient plus des journalistes mais des moines copistes ! Recopier une dépêche de l’AFP suffit apparemment à être journaliste, mais cela devient vraiment affligeant quand c’est une « erreur » manifeste, ou plutôt une manipulation éhontée de l’information qui est reproduite à l’envie ; un exemple, le simple transport de justice au siège des Laboratoires Servier se transforme en « Perquisition » à la recherche de preuves de destruction de documents : il y avait pourtant des journalistes « embedded » lors de cette opération de RP ! On se faisait une autre conception du journalisme il y a quelques années.

-          Les émissions télévisées à grand spectacle, revendiquant une posture d’enquête ou d’investigation, et qui adoptent un ton dramatisant sur le mode de la révélation d’un nouveau scandale, procèdent en réalité d’un storytelling bien léché, digne d’une agence de Com ; à croire que les écoles de journalisme sont les mêmes qui forment les publicitaires. La dernière de ces émissions fumeuses « Cash Investigation » n’a rien à envier à ses ainées en ce qui concerne le privilège accordé aux théories les plus fumeuses au détriment d’une vérité singulièrement plus complexe.

Ce que révèlent ces dérives est inquiétant : sous les aspects d’une croisade vertueuse menée tous azimuts par des pseudos journalistes en goguettes, se cache une entreprise de déstabilisation générale du fonctionnement des systèmes de décision sur les sujets les plus techniques (Santé, Nucléaire, Economie, Justice ...) et une remise en question de la rationalité et de l’éthique des professionnels. Cette inquisition a peu à voir avec l’information et le contrôle normal et justifié des institutions publiques et des citoyens sur les sujets qui les concernent au premier chef. Elle relève plutôt de la course à l’audience, et sans doute parfois, de l’influence au profit d’intérêts occultes. Il est très alarmant que des journalistes scénarisent des affaires sur un mode sensationnaliste, qu’ils dénaturent les problèmes en les simplifiant et finissent par énoncer des contre-vérités.
Quand on sait la complexité des problèmes, des analyses et des décisions sur les sujets techniques, quelques soient les univers professionnels concernés, on ne peut que trouver particulièrement suspects les interprétations monolithiques et les scenarii simplistes d’une certaine Presse.

Il s’agit donc de dénoncer ces pratiques qui ressortent plus de la communication et de la manipulation que de l’information. La méfiance du public vis-à-vis de la presse devient légitime quand de telles pratiques se généralisent et ne manquent d’ailleurs jamais d’être repérées tant elles sont grossières et évidentes. A terme c’est tout l’édifice démocratique qui finira par en pâtir.