mardi 29 mai 2012

Xavier Bertrand, un ami qui vous veut du bien (2/2)


Les tribulations de Bel ami

On croirait Xavier Bertrand tout droit sorti d’un roman de Maupassant, une sorte de George Duroy du 20ème siècle qui monte plus haut et plus vite au sommet, en prenant l’escalier qu’en prenant l’ascenseur ; une performance saluée par ses camarades qui reconnaissent qu’il a certes de bonnes chaussures et le goût de l’effort sportif, mais aussi et surtout une habileté inouïe à prendre les virages à 180° dans la cage d’escalier.

En effet, Xavier Bertrand a des allégeances changeantes : Raffarin, Juppé, De Villepin, Sarkosy … sans doute le signe d’un cheminement personnel, d’une maturation progressive de sa réflexion, à moins que ce ne soit tout simplement de l’opportunisme : une attitude souvent payante en politique.

L’ancien assureur de mobylettes à Flavy-le-Martel a fait du chemin et personne ne l’a vu venir.
Député pour la première fois en 2002, il fait en 10 ans un parcours express : Secrétaire d’état chargé de l’assurance maladie, puis plusieurs fois Ministre de la Santé et Ministre du Travail. Il réussira dans les quelques intervalles de ce parcours express, à être Maire de Saint Quentin, Député par intermittence de la 2ème circonscription de l’Aisne, porte-parole de la campagne présidentielle de Sarkosy, Secrétaire général de l’UMP.

Il aura roulé tour à tour pour les chiraquiens, les Villepinistes, puis les Sarkosystes. Et c’est bien là le problème : le flou artistique qui entoure ses convictions et ses motivations.
C’est un homme secret mais beaucoup hésitent sur les raisons de cette discrétion : la pudeur, ce qui serait plutôt une qualité dans le contexte de surenchère « pipolisante » qui affecte la sphère politique, ou la dissimulation, indice d’une certaine duplicité d’un homme intelligent et calculateur, dont on ne sait jamais ce qui l’emporte, de ses ambitions personnelles ou de son engagement politique ?
Ce Franc-maçon déclaré n’est pas un homme de cour ; il n’en maîtrise pas les règles, les subtilités et les compromissions légèrement honteuses. Mais c’est incontestablement un homme ambitieux, qui sait parfaitement se rendre utile à ses mentors avec l’abnégation du bon serviteur : donc un homme précieux, « brillant mais sans idéal » et « avec les convictions d’une girouette » pouvait-on lire dans l’édition locale de l’Express du 25 septembre 2008.

De la Com à l’influence
Xavier Bertrand est un bosseur, qui connaît toujours à fond ses dossiers, mais c’est aussi un homme de communication qui n’oublie pas que le faire-savoir est aussi important que le savoir-faire ; et au regard des politiques qu’il a menées, on se pose la question de savoir laquelle de ces deux dimensions a pris le pas sur l’autre.
En effet, XB a su s’entouré de spécialistes qui gèrent efficacement son image. Tous sont issus de l’agence de communication Euro RSCG C&O, filiale du groupe Havas … Au premier chef, Gwladys Huré, qui quitte son poste de directrice Conseil dans cette société pour devenir sa conseillère personnelle tout au long de son parcours, du Ministère de la Santé à celui du travail en passant par l’UMP. Xavier Bertrand entretient des liens très étroits avec cette agence, dès avant le recrutement de Gwladys Huré et jusqu’à aujourd’hui. Les collaborateurs et les amis de XB n’ont de cesse de passer des antichambres ministérielles à l’agence et vice et versa ! C’est une pratique familière des cabinets ministériels, mais pas pour autant moins condamnable, la pratique des « Revolving Doors ». Ainsi, son attachée de presse pendant 8 ans, Florence Depré, est-elle aussi issue d’EuroRSCG ; son directeur de cabinet, Michel Bettan, a quant à lui fait le trajet inverse, comme d’autres collaborateurs de XB, en étant recruté par Euro RSCG C&O en 2010 en tant que « Partners », spécialiste de l’influence et du lobbying, responsable du réseau Worldwide Public Affairs du groupe Havas, mettant au service des Grands Comptes de l’agence « son capital relationnel avec les medias, les décideurs politiques institutionnels, la communauté financière et les e-influenceurs » (selon le communiqué de presse d’Euro RSCG C&O). Michel Bettan, franc maçon, initié au GODF, comme Xavier Bertrand … Et on ne saurait manquer de citer également Aquilino Morelle, ami de Xavier Bertrand, et s’occupant du pôle stratégique « Santé » de l’agence (dont l’un des principaux clients est Sanofi !) qui sera missionné par le ministre, pour écrire à une vitesse stupéfiante, le célèbre rapport au vitriol de l’IGAS sur le Mediator.
Ces pratiques sont parfaitement légales et, hélas, communes. Elles interrogent néanmoins le simple citoyen simplement armé de son bon sens, sur le péril que fait courir ce « petit trafic d’influence entre amis » pour la démocratie, et la « moralité de la vie politique ». Au-delà, ces relations privilégiées entre Xavier Bertrand et une agence de communication aussi puissante d’Euro RSCG C&O et le groupe Havas, jettent un lumière particulièrement inquiétante sur le personnage de XB et sur l’ensemble de ses « faits d’armes » politiques, qui ressemblent plus à du Storytelling de gourous de la Com, qu’à des actions guidées par l’intérêt public. La réforme des retraites relève t’elle d’un enfumage très sophistiqué ? L’affaire du Mediator relève-t-elle d’une manipulation de l’opinion publique à grande échelle ? Le doute est permis au regard des amitiés et liens d’intérêt de Xavier Bertrand et de ses collaborateurs avec le leader mondial de l’influence sur les medias et l’opinion publique.

jeudi 24 mai 2012

Xavier Bertrand, un ami qui vous veut du bien (1/2)


La défaite de Sarkosy à la Présidentielle à peine consommée, la campagne des législatives commence. Pour l’UMP, ces élections risquent de s’avérer difficile, non seulement parce que la gauche semble en position de force pour obtenir une majorité, que le FN est manifestement susceptible de faire trébucher les candidats UMP dans un nombre considérable de circonscriptions, mais aussi parce que l’unité de l’UMP se fissure, malgré les protestations des intéressés.

Un certain nombre de ténors de l’UMP risquent d’affronter des difficultés sérieuses, et notamment Xavier Bertrand dans l’Aisne, un département sinistré, l’un des rares qui affichera une croissance négative en 2012 … et XB malgré son entregent et sa proximité au pouvoir, n’y a rien pu faire : mais le pouvait-il seulement ? Rien n’est moins sûr, et les électeurs ne manqueront pas de s’interroger sur les capacités de XB à faire rebondir un département sinistré lors qu’il n’a plus désormais un poste au gouvernement et l’amitié d’un président de la République pour l’en empêcher.

Frère Bertrand, un faux-ami

Xavier Bertrand est un homme paradoxal : une rondeur bonhomme et a priori sympathique qui cache un véritable tueur, précis, implacable et teigneux : c’est un faux gentil et un vrai méchant,  un « faux-ami » mais un vrai « frère » (mais seulement pour les Francs-Maçons) … Bref un homme dont même ses « amis » ont appris à se méfier, peut-être même plus que ses ennemis.

Ses anciens « amis » ne tarissent pas d’éloges et de marques d’affection pour un XB qui n’en demande sûrement pas tant. Les sobriquets dont on l’affuble à l’UMP vont de l’attendrissant (« Chouchou », Gentil XB »), à l’avilissant et immérité (« lèche-bottes ») … jusqu’au carrément inquiétant (« Porte-flingue », « Scareface ») … Ils disent assez l’estime et l’amitié qu’il semble inspirer au sein de sa propre famille politique.

Mais qu’est-ce qui peut susciter un tel déferlement de sympathie et d’admiration ? Son sens de l’humour, son esprit de camaraderie ou bien encore son célèbre goût pour la déconnade ? En tout cas ce n’est apparemment pas son sens de la fidélité et son engagement désintéressé.

En son temps, Vincent Savelli, un « ex ami », 18 ans secrétaire de circonscription du mouvement gaulliste, avait exprimé tout haut ce que beaucoup pensent tout bas : « Xavier Bertrand ne fait pas de la politique par conviction, il fait carrière dans la politique ». On ne pourrait rêver plus bel éloge pour convaincre des électeurs de la sincérité et de la justesse des convictions de XB. Vincent Savelli claquera la porte de l’UMP le jour même de la confirmation de XB au poste de Secrétaire Général, sans doute un ultime gage d’affection. Jean-François Coppé et Brice Hortefeux, et bien d’autres camarades ne démentiraient pas cette opinion sur un homme envers lequel ils éprouvent manifestement une amitié et une admiration sincères ; eux aussi ils claqueraient bien la porte de l’UMP, mais plutôt au nez de XB.

Alors, on peut sérieusement se demander si Xavier Bertrand, un homme si bien entouré de tant d’amis, n’est pas le candidat idéal pour les législatives dans l’Aisne, où il risque de consacrer beaucoup plus d’énergie à garder ses amis qu’à se garder de ses adversaires politiques, déjà fort nombreux. Et en cas de succès, on se pose la question de savoir comment il réussira à redonner une dynamique au département avec des appuis aussi fiables que sincères dans les propres rangs de l’UMP.

lundi 7 mai 2012

Une démocratie de l'influence


Le débat entre les deux candidats à la Présidentielle a constitué l’acmé d’une campagne déceptive à bien des égards, tant sur le fond que sur la forme. Un débat à « couteaux tirés », « sous haute tension » annoncé et présenté comme un combat de boxe par des médias qui ont renoncé depuis longtemps à leur posture critique et à leur mission d’information, pour investir leurs nouveaux rôles de chauffeurs de salle et de producteur de spectacle. Les bons mots, le recyclage des citations plus ou moins humoristiques ou cyniques, avec la légèreté ou la gravité qui sied à une presse mondaine et pipolisée, masquent mal que les medias ont perdu leur indépendance, qu’ils sont aux ordres de leurs actionnaires et d’un pouvoir qui les maintient sous perfusion de subventions publiques.
Les réseaux d’influence minent une République moribonde, dont on peut prédire sans risque, qu’elle se dirige tout droit vers son implosion, avec tous les risques (mais aussi tous les espoirs) que cette issue comporte. Jamais la manipulation des faits et de l’information n’avait atteint un tel degré de sophistication : un degré ultime où la plupart des acteurs de second rang de cette Comedia dell’arte sont convaincus qu’ils sont (de bonne foi mais parfois de mauvaise conscience) dans leur rôle au service du bien commun et de la vérité.

Les médias contre le pouvoir, tout contre…
Dans la ploutocratie qu’est désormais devenue la 5ème République, les médias ne jouent pas leur rôle de « 4ème pouvoir » mais sont devenus, de fait, les auxiliaires précieux des élites avec lesquelles ils entretiennent des relations de proximité particulièrement étroites. Quelques observations incitent furieusement à interroger cette réalité :
Si le coup de foudre est imprévisible et l’amour réputé aveugle, les exemples de couples formés par un politique et une journaliste sont devenus si fréquents, qu’ils interpellent sur les raisons qui expliquent un fait sociologique aussi massif : Bernard Kouchner et Christine Ockrent, François Hollande et Valérie Trierweiler, Jean-Louis Borloo et Béatrice Shönberg, Dominique Strauss-Kahn et Anne Sinclair, Arnaud Montebourg et Audrey Pulvar … Au-delà des relations amoureuses qui ne regardent personne, on ne saurait ignorer que ce constat interroge légitimement les relations entre politiques et journalistes ; certes, ils se croisent et se côtoient, mais il en va de même, par exemple, des PDG et des représentants syndicaux : on n’a pourtant jamais observer que les négociations salariales se transformaient en relations intimes ! Mais surtout, on s’interroge sur l’incidence de ces relations sur la manière dont les medias traitent ensuite l’information politique (et cela, bien sûr, sans remettre en question l’intégrité et la déontologie professionnelle de tel ou telle).
Comment ne pas aussi s’interroger sur les liens d’intérêt et d’amitié entre les grands patrons du Monde, de Libération, du Figaro, du Nouvel Observateur… avec des personnalités de premier plan du PS comme de l’UMP … Cela n’aurait aucune incidence sur l’indépendance de ces medias institutionnels et sur leur manière de traiter l’information ; on aura la politesse de le croire ! Libération s’affiche en Pravda du PS et a manifestement fait son choix entre organe de presse et organe de propagande. Les journalistes du Figaro s’émeuvent timidement de leur absence d’indépendance. Les Pigasse, Olivennes, Demorand seraient les chevaliers blancs du sauvetage de la presse, qui ne leur rapporterait rien et même leur coûterait des fortunes : on les plaint, on les admire et on loue leur sens de l’abnégation au service de la liberté de la presse ! Bien évidemment, ce qui est en question, c’est la réalité sociologique qui réunit les « élites » politiques, économiques et journalistiques dans des références et fonctionnements partagés, et la défense des mêmes intérêts de « classe ». Il n’y a plus de place à la contradiction,
On comprend, dans ce cadre, que l’examen critique des enjeux et des faits sur l’actualité et les grands sujets politiques ou de société, aient été progressivement remplacé dans les medias, par des récits simplistes et des contes moraux, calqués sur une représentation du monde aussi manichéenne qu’efficace en matière de propagande, que celle développée en leurs temps par Reagan et Bush : l’opposition du « Bien » et du « l’empire ou de l’Axe du Mal ». Or, en ces matières, la simplicité est bien souvent sinon toujours, la marque de la dissimulation et de la manipulation, et l’unanimité, celle De la pensée unique et de la communauté d’intérêts.

Le storytelling, nouvelle pratique journalistique
Les protestations véhémentes d’objectivité de de neutralité des journalistes qui travaillent pour les principaux titres de la presse nationale, sont systématiques et violentes, quand on ose soulever la question de leur indépendance, mais elles sont hélas loin de suffire à établir leur réalité ; c’est d’ailleurs exactement le contraire que démontre un simple examen de leurs choix éditoriaux et de leurs articles sur les affaires :
-          L’exercice de la bonne vieille revue de presse sur un sujet d’actualité révèle assez vite l’étrange répétition des mêmes textes dans toute la presse, où les seules variations concernent au mieux, un titre, une phrase et le plus souvent, une virgule. A croire que les medias n’emploient plus des journalistes mais des moines copistes ! Recopier une dépêche de l’AFP suffit apparemment à être journaliste, mais cela devient vraiment affligeant quand c’est une « erreur » manifeste, ou plutôt une manipulation éhontée de l’information qui est reproduite à l’envie ; un exemple, le simple transport de justice au siège des Laboratoires Servier se transforme en « Perquisition » à la recherche de preuves de destruction de documents : il y avait pourtant des journalistes « embedded » lors de cette opération de RP ! On se faisait une autre conception du journalisme il y a quelques années.

-          Les émissions télévisées à grand spectacle, revendiquant une posture d’enquête ou d’investigation, et qui adoptent un ton dramatisant sur le mode de la révélation d’un nouveau scandale, procèdent en réalité d’un storytelling bien léché, digne d’une agence de Com ; à croire que les écoles de journalisme sont les mêmes qui forment les publicitaires. La dernière de ces émissions fumeuses « Cash Investigation » n’a rien à envier à ses ainées en ce qui concerne le privilège accordé aux théories les plus fumeuses au détriment d’une vérité singulièrement plus complexe.

Ce que révèlent ces dérives est inquiétant : sous les aspects d’une croisade vertueuse menée tous azimuts par des pseudos journalistes en goguettes, se cache une entreprise de déstabilisation générale du fonctionnement des systèmes de décision sur les sujets les plus techniques (Santé, Nucléaire, Economie, Justice ...) et une remise en question de la rationalité et de l’éthique des professionnels. Cette inquisition a peu à voir avec l’information et le contrôle normal et justifié des institutions publiques et des citoyens sur les sujets qui les concernent au premier chef. Elle relève plutôt de la course à l’audience, et sans doute parfois, de l’influence au profit d’intérêts occultes. Il est très alarmant que des journalistes scénarisent des affaires sur un mode sensationnaliste, qu’ils dénaturent les problèmes en les simplifiant et finissent par énoncer des contre-vérités.
Quand on sait la complexité des problèmes, des analyses et des décisions sur les sujets techniques, quelques soient les univers professionnels concernés, on ne peut que trouver particulièrement suspects les interprétations monolithiques et les scenarii simplistes d’une certaine Presse.

Il s’agit donc de dénoncer ces pratiques qui ressortent plus de la communication et de la manipulation que de l’information. La méfiance du public vis-à-vis de la presse devient légitime quand de telles pratiques se généralisent et ne manquent d’ailleurs jamais d’être repérées tant elles sont grossières et évidentes. A terme c’est tout l’édifice démocratique qui finira par en pâtir.


mercredi 2 mai 2012

La campagne présidentielle 2012 n'a pas eu lieu


La campagne présidentielle 2012 n’a pas eu lieu et c’est un non évènement d’une gravité extrême pour le fonctionnement 5ème République ; la crise déjà préoccupante de la représentativité se mue en une crise encore plus grave de la légitimité du pouvoir politique.

Quel que soit le résultat des élections présidentielles 2012, chacun conviendra que les propositions comme les débats n’ont pas été à la hauteur des enjeux posés par la crise, et encore moins à la hauteur des inquiétudes et des problèmes des français. Il n’est pas besoin de faire l’exégèse des propositions du PS ou de l’UMP, ni de se plonger dans les analyses savantes des politologues, pour constater que les campagnes de Hollande et de Sarkosy ont manqué de la hauteur nécessaire pour convaincre ; il suffit de s’enquérir des avis (non autorisés !) et des perceptions des citoyens dans toute leur diversité (ouvriers ou employés, cadres du privé ou du service public, chefs d’entreprise, petits commerçants, étudiants, retraités …) pour se rendre compte d’un désenchantement commun, d’une désillusion commune. Ils sont déçus, désabusés par le « spectacle » politique qui leur est servi, et qui semble n’obéir qu’à une simple logique de conquête du pouvoir, très éloignée de leurs préoccupations, et des véritables enjeux qui se posent au pays, dans un monde qui a profondément évolué.

Invectives, dérapages, querelles, affaires sont devenus l’essentiel d’une campagne qui oppose deux cours, deux polarisations du pouvoir, mais qui n’a que de lointains rapports avec la réalité d’une crise qui affecte durement les français, les européens et une bonne partie du reste du monde … et cela se voit : c’est un spectacle virtuel, mis en scène par des communicants, lisse, réglé, sans substance et qui témoigne d’une absence préoccupante de concrétude et de vérité. C’est surtout un spectacle qui se joue par et pour ses acteurs eux-mêmes (« élites » politiques, médiatiques et économiques), et plus pour un public de citoyens, qu’il ne s’agit plus de convaincre, de faire adhérer et de participer à leur avenir, mais bien plutôt de neutraliser. On l’avait vu lors du dernier référendum sur le traité européen, et il semble que cette logique préside désormais au fonctionnement politique global d’une République des élites, plus inspirée par une idéologie gestionnaire de ses intérêts et de ses prérogatives que par la logique de la démocratie.

L’amertume et le malaise sont partagés par une grande partie des français, de droite comme de gauche, (quoique que tente de faire accroire les « grands rassemblements populaires » des meetings retransmis par la presse), et quel que soit le taux de participation à cette élection, qui ne mesure certainement pas, ni l’enthousiasme, ni l’adhésion, fût-elle guidée par un certain réalisme.

Dans ce contexte, le résultat du vote au second tour de la présidentielle importe peu ; le futur président de la République ne sera pas « choisi » par adhésion à ses propositions, à sa personne, mais par rejet de son adversaire, par défaut. Il ne faut pas être grand clerc pour prédire que dans ces conditions, on ne donne pas cher des capacités du futur président à rassembler et à susciter l’adhésion à ses projets. Il n’y aura pas, cette fois-ci « d’état de grâce », de fenêtre psychologique pour mobiliser les énergies … et pouvoir réaliser son programme. Pour la première fois, chacun sait qu’il n’y aura pas d’homme ou de politique providentielle, et ressent que cette élection aura raté son but et que l’occasion historique de réinventer l’avenir est manquée. Les conséquences en seront lourdes, en termes de capacité à gouverner, de légitimité des gouvernants et de définition des axes politiques.