Les tribulations de Bel
ami
On croirait Xavier Bertrand tout droit sorti d’un roman de
Maupassant, une sorte de George Duroy du 20ème siècle qui monte plus
haut et plus vite au sommet, en prenant l’escalier qu’en prenant
l’ascenseur ; une performance saluée par ses camarades qui reconnaissent
qu’il a certes de bonnes chaussures et le goût de l’effort sportif, mais aussi
et surtout une habileté inouïe à prendre les virages à 180° dans la cage
d’escalier.
En effet, Xavier Bertrand a des allégeances
changeantes : Raffarin, Juppé, De Villepin, Sarkosy … sans doute le signe
d’un cheminement personnel, d’une maturation progressive de sa réflexion, à
moins que ce ne soit tout simplement de l’opportunisme : une attitude
souvent payante en politique.
L’ancien assureur de mobylettes à Flavy-le-Martel a fait du
chemin et personne ne l’a vu venir.
Député pour la première fois en 2002, il fait en 10 ans un
parcours express : Secrétaire d’état chargé de l’assurance maladie, puis
plusieurs fois Ministre de la Santé et Ministre du Travail. Il réussira dans
les quelques intervalles de ce parcours express, à être Maire de Saint Quentin,
Député par intermittence de la 2ème circonscription de l’Aisne, porte-parole de
la campagne présidentielle de Sarkosy, Secrétaire général de l’UMP.
Il aura roulé tour à tour pour les chiraquiens, les
Villepinistes, puis les Sarkosystes. Et c’est bien là le problème : le
flou artistique qui entoure ses convictions et ses motivations.
C’est un homme secret mais beaucoup hésitent sur les raisons
de cette discrétion : la pudeur, ce qui serait plutôt une qualité dans le
contexte de surenchère « pipolisante » qui affecte la sphère
politique, ou la dissimulation, indice d’une certaine duplicité d’un homme
intelligent et calculateur, dont on ne sait jamais ce qui l’emporte, de ses
ambitions personnelles ou de son engagement politique ?
Ce Franc-maçon déclaré n’est pas un homme de cour ; il
n’en maîtrise pas les règles, les subtilités et les compromissions légèrement honteuses.
Mais c’est incontestablement un homme ambitieux, qui sait parfaitement se
rendre utile à ses mentors avec l’abnégation du bon serviteur : donc un
homme précieux, « brillant mais sans idéal » et « avec les
convictions d’une girouette » pouvait-on lire dans l’édition locale de
l’Express du 25 septembre 2008.
De la Com à l’influence
Xavier Bertrand est un bosseur, qui connaît toujours à fond
ses dossiers, mais c’est aussi un homme de communication qui n’oublie pas que
le faire-savoir est aussi important que le savoir-faire ; et au regard des
politiques qu’il a menées, on se pose la question de savoir laquelle de ces
deux dimensions a pris le pas sur l’autre.
En effet, XB a su s’entouré de spécialistes qui gèrent efficacement
son image. Tous sont issus de l’agence de communication Euro RSCG C&O,
filiale du groupe Havas … Au premier chef, Gwladys Huré, qui quitte son poste
de directrice Conseil dans cette société pour devenir sa conseillère
personnelle tout au long de son parcours, du Ministère de la Santé à celui du
travail en passant par l’UMP. Xavier Bertrand entretient des liens très étroits
avec cette agence, dès avant le recrutement de Gwladys Huré et jusqu’à aujourd’hui.
Les collaborateurs et les amis de XB n’ont de cesse de passer des antichambres
ministérielles à l’agence et vice et versa ! C’est une pratique familière
des cabinets ministériels, mais pas pour autant moins condamnable, la pratique
des « Revolving Doors ». Ainsi, son attachée de presse pendant 8 ans,
Florence Depré, est-elle aussi issue d’EuroRSCG ; son directeur de cabinet,
Michel Bettan, a quant à lui fait le trajet inverse, comme d’autres
collaborateurs de XB, en étant recruté par Euro RSCG C&O en 2010 en tant
que « Partners », spécialiste de l’influence et du lobbying, responsable
du réseau Worldwide Public Affairs du groupe Havas, mettant au service des
Grands Comptes de l’agence « son
capital relationnel avec les medias, les décideurs politiques institutionnels,
la communauté financière et les e-influenceurs » (selon le communiqué
de presse d’Euro RSCG C&O). Michel Bettan, franc maçon, initié au GODF,
comme Xavier Bertrand … Et on ne saurait manquer de citer également Aquilino
Morelle, ami de Xavier Bertrand, et s’occupant du pôle stratégique « Santé »
de l’agence (dont l’un des principaux clients est Sanofi !) qui sera
missionné par le ministre, pour écrire à une vitesse stupéfiante, le célèbre
rapport au vitriol de l’IGAS sur le Mediator.
Ces pratiques sont parfaitement légales et, hélas, communes.
Elles interrogent néanmoins le simple citoyen simplement armé de son bon sens,
sur le péril que fait courir ce « petit trafic d’influence entre amis »
pour la démocratie, et la « moralité de la vie politique ». Au-delà,
ces relations privilégiées entre Xavier Bertrand et une agence de communication
aussi puissante d’Euro RSCG C&O et le groupe Havas, jettent un lumière
particulièrement inquiétante sur le personnage de XB et sur l’ensemble de ses « faits
d’armes » politiques, qui ressemblent plus à du Storytelling de gourous de
la Com, qu’à des actions guidées par l’intérêt public. La réforme des retraites
relève t’elle d’un enfumage très sophistiqué ? L’affaire du Mediator
relève-t-elle d’une manipulation de l’opinion publique à grande échelle ?
Le doute est permis au regard des amitiés et liens d’intérêt de Xavier Bertrand
et de ses collaborateurs avec le leader mondial de l’influence sur les medias
et l’opinion publique.
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