La théorie du Bouc
émissaire :
La crise déclarée en 2008,
a presque 4 ans et n’a pas fini sa crise de « croissance »
(ben oui, on ose !) Dès 2009, dans « Lettre ouverte à mes amis de la
classe dirigeante » (Le Figaro du 23 Mars 2009), l’inénarrable Alain Minc,
avec la clairvoyance qui sied aux éminences grises de la République, donnait à
ses amis de l’oligarchie politique et financière, un avertissement
manifestement peu suivi d’effet : « Mesurez-vous que le pays a les
nerfs à fleur de peau, que les citoyens ont le sentiment, fut-il erroné, de
subir une crise dont nous sommes tous, à leurs yeux, les fautifs ?
Ignorez-vous que la quête de boucs émissaires est une constante de notre
histoire et que 1789 se joue en 1788 ? ».
Le moins que l’on puisse dire en ce début 2012, c’est
qu’Alain Minc a vu juste sur au moins un point : 2012 s’est joué en
2011 ; il ne faut pas être grand clerc pour prédire en 2012 (en le
redoutant ou en s’en réjouissant) une grande explication de texte entre la
caste dirigeante et le bon peuple de France. Par contre, nous sommes plus
dubitatifs sur le caractère « erroné » du sentiment que les citoyens
ont de la responsabilité dans la crise, d’une oligarchie politico financière
qui a toujours privilégié ses intérêts sur ceux de la nation. Sacré Alain
Minc ! Comment des coupables patentés seraient-ils des « boucs
émissaires » qui désignent, rappelons-le avec René Girard, les victimes
innocentes sacrifiées par le groupe sur l’autel de l’expiation de ses propres
fautes et du pacte purificateur refondant sa cohésion ? A moins que la
désormais célèbre formule « Responsables mais pas coupables » soit
devenue la nouvelle mesure de la responsabilité des élites… Cela fait si
longtemps que le pouvoir fonctionne en autarcie, enfermé dans les petits
cercles concentriques des réseaux d’influence, des groupes de pression, et des
coteries de toutes natures, que l’establishment a perdu le sens même de ses
responsabilités, et pire, des compte qu’il doit rendre aux citoyens.
Rien de nouveau ? Sinon que la République française,
bénéficiant déjà depuis quelques années, d’une place peu enviable dans les
classements internationaux mesurant la corruption, est désormais en passe de
mériter son étiquette d’oligarchie ou de ploutocratie. Nulle exagération de
notre part ; on constate et on s’inquiète de l’accélération de ces
pratiques en 2011. Les élites sont désormais totalement déconnectées des
citoyens, comme leurs intérêts « de classe » (bonne surprise depuis
la crise : on peut remobiliser de vieux concepts marxistes, avec une
nouvelle et rafraîchissante pertinence !). Les classes populaires et la
fameuse classe moyenne ne s’y sont pas trompés : la crise financière et économique
renforce une crise de la représentation politique : vieux schéma qui garde
son efficace mais qui n’a pas laissé que de bons souvenirs au siècle dernier,
sinon le 21 Avril 2002. Si les boucs émissaires auto-désignés sont les classes
dominantes, les autres citoyens risquent quant à eux, d’être les dindons de la
farce en Mai prochain ; il n’est aujourd’hui pas du tout sûr que le
réflexe républicain s’opère au premier ou même au second tour cette fois-ci.