mercredi 4 janvier 2012

La théorie du Bouc émissaire


La théorie du Bouc émissaire :

La crise déclarée en 2008,  a presque 4 ans et n’a pas fini sa crise de « croissance » (ben oui, on ose !) Dès 2009, dans « Lettre ouverte à mes amis de la classe dirigeante » (Le Figaro du 23 Mars 2009), l’inénarrable Alain Minc, avec la clairvoyance qui sied aux éminences grises de la République, donnait à ses amis de l’oligarchie politique et financière, un avertissement manifestement peu suivi d’effet : « Mesurez-vous que le pays a les nerfs à fleur de peau, que les citoyens ont le sentiment, fut-il erroné, de subir une crise dont nous sommes tous, à leurs yeux, les fautifs ? Ignorez-vous que la quête de boucs émissaires est une constante de notre histoire et que 1789 se joue en 1788 ? ».

Le moins que l’on puisse dire en ce début 2012, c’est qu’Alain Minc a vu juste sur au moins un point : 2012 s’est joué en 2011 ; il ne faut pas être grand clerc pour prédire en 2012 (en le redoutant ou en s’en réjouissant) une grande explication de texte entre la caste dirigeante et le bon peuple de France. Par contre, nous sommes plus dubitatifs sur le caractère « erroné » du sentiment que les citoyens ont de la responsabilité dans la crise, d’une oligarchie politico financière qui a toujours privilégié ses intérêts sur ceux de la nation. Sacré Alain Minc ! Comment des coupables patentés seraient-ils des « boucs émissaires » qui désignent, rappelons-le avec René Girard, les victimes innocentes sacrifiées par le groupe sur l’autel de l’expiation de ses propres fautes et du pacte purificateur refondant sa cohésion ? A moins que la désormais célèbre formule « Responsables mais pas coupables » soit devenue la nouvelle mesure de la responsabilité des élites… Cela fait si longtemps que le pouvoir fonctionne en autarcie, enfermé dans les petits cercles concentriques des réseaux d’influence, des groupes de pression, et des coteries de toutes natures, que l’establishment a perdu le sens même de ses responsabilités, et pire, des compte qu’il doit rendre aux citoyens.

Rien de nouveau ? Sinon que la République française, bénéficiant déjà depuis quelques années, d’une place peu enviable dans les classements internationaux mesurant la corruption, est désormais en passe de mériter son étiquette d’oligarchie ou de ploutocratie. Nulle exagération de notre part ; on constate et on s’inquiète de l’accélération de ces pratiques en 2011. Les élites sont désormais totalement déconnectées des citoyens, comme leurs intérêts « de classe » (bonne surprise depuis la crise : on peut remobiliser de vieux concepts marxistes, avec une nouvelle et rafraîchissante pertinence !). Les classes populaires et la fameuse classe moyenne ne s’y sont pas trompés : la crise financière et économique renforce une crise de la représentation politique : vieux schéma qui garde son efficace mais qui n’a pas laissé que de bons souvenirs au siècle dernier, sinon le 21 Avril 2002. Si les boucs émissaires auto-désignés sont les classes dominantes, les autres citoyens risquent quant à eux, d’être les dindons de la farce en Mai prochain ; il n’est aujourd’hui pas du tout sûr que le réflexe républicain s’opère au premier ou même au second tour cette fois-ci.

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