lundi 16 juillet 2012

L’élection à la présidence de l’UMP : une Primaire déguisée ?


Les grandes manœuvres ont commencé pour la conquête de la présidence de l’UMP, et les velléités de candidatures comme les ralliements se multiplient. François Fillon, ex premier ministre s’est déjà déclaré et il ne fait aucun doute que Jean-François Copé sera son adversaire les 18 et 25 Novembre ; sa candidature devrait être annoncée officiellement fin Août (les modalités sont à l’étude, pour qu’elle soit une démonstration de force directement légitimante). Alain Juppé quant à lui, passe manifestement et prudemment la main, faute d’une adhésion franche et massive à son esquisse de projet pour l’UMP.

L’affrontement annoncé n’est pas seulement un duel entre deux hommes qui ne s’apprécient guère, mais une bataille entre deux projets pour la recomposition de la droite impliquant des positionnements opposés et des valeurs différentes. Ce duel est le véritable enjeu de Novembre, et l’on ne peut que s’interroger sur la multiplication des projets de candidature de seconds couteaux qui tendent à brouiller les cartes. Ainsi voit-on ces derniers jours, des candidats putatifs déclarer qu’ils pourraient se présenter au suffrage des militants : Bruno Le Maire, Nathalie Kosciusko-Morizet et Xavier Bertrand tâtent le terrain dans les fédérations.
Difficile pourtant d’être candidat quand il faut trouver deux partenaires pour former un trio crédible, et obtenir le parrainage de presque 8000 militants ; dès lors quel sens accorder à ces candidatures potentielles ?

-          Bruno Le Maire, ancien ministre de l’Agriculture et député de l’Eure, envisage de poser sa candidature fin Août si les propositions qu’il a élaborées pour le projet politique de l’UMP n’étaient pas reprises par Copé ou Fillon ; pourtant, on voit mal comment il pourrait réunir les parrainages nécessaires et quelles personnalités seraient susceptibles de le rejoindre (Valérie Pécresse sollicitée, a déclinée et s’est rallier à François Fillon) ; sa démarche relève donc d’une très classique stratégie de chantage. Gageons qu’il sera rapidement rassuré par l’un ou l’autre des duellistes. Au-delà, Bruno Le Maire voit tout le danger que représentera l’affrontement des deux personnalités pour une présidence de l’UMP dont chacun sait qu’elle sera déterminante pour la candidature à la présidentielle de 2017 : le risque de faire l’impasse sur le positionnement et la stratégie politique de l’UMP à l’heure où il faut qu’elle se reconstruise dans l’opposition plutôt que d’engager des primaires (http://www.lejdd.fr/Politique/Actualite/Interview-de-la-semaine-Le-Maire-Je-ne-me-lancerai-pas-dans-une-aventure-solitaire-525397 )


-          Nathalie Kosciusko-Morizet fait actuellement le tour des fédérations pour évaluer son projet de candidature : elle devrait vite être fixée et pas nécessairement positivement. Dès lors, son positionnement au sein de la campagne va devenir délicat : Elle voue une vraie détestation à Copé mais comment rallier Fillon quand Valérie Pécresse a préempté la place de choix ? Pour elle également, il s’agit à travers son éventuelle candidature, de désamorcer ce qui s’annonce comme un duel entre deux personnalités antagonistes au détriment du débat d’idées et du choix de la ligne politique de l’UMP. (http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2012/07/03/97001-20120703FILWWW00573-ump-nkm-d-accord-avec-juppe.php )


-          Xavier Bertrand, ancien ministre du travail et député de l’Aisne, est sans doute des trois, le plus crédible à poser une candidature qui ait une chance de passer le barrage des parrainages et de rallier autour de lui quelques personnalités en déshérence entre Copé et Fillon. Néanmoins, cette candidature potentielle est directement conditionner par le projet de XB d’être candidat déclaré en 2016 ; en somme, une candidature qui a peu à voir avec la refonte du parti et son projet politique, et beaucoup avec la seule stratégie personnelle de Xavier Bertrand d’être investi pour la présidentielle de 2017. Il devrait néanmoins méditer les réflexions de François Baroin qui mettait dernièrement en garde les candidats contre l’erreur fatale de vouloir « utiliser le parti à des fins personnelles » et de considérer que le congrès de l’UMP de Novembre serait une Primaire anticipée. ( http://www.liberation.fr/politiques/2012/07/11/pour-baroin-le-president-de-l-ump-devra-demissionner-en-2016_832631 )


Ainsi, les candidatures potentielles de Le Maire et Kosciusko-Morizet constituent des mises en garde fortes sur le risque réel que le duel Copé-Fillon pour la présidence du parti ne devienne une Primaire officieuse et fasse une impasse lourde de conséquences sur un débat d’idées et une redéfinition de la ligne politique qui s’avèrent vitaux pour l’UMP. La candidature éventuelle de Xavier Bertrand par contre, répond à une logique inverse qui , si elle s’impose, provoquera une crise grave au sein du parti d’opposition.