mercredi 2 mai 2012

La campagne présidentielle 2012 n'a pas eu lieu


La campagne présidentielle 2012 n’a pas eu lieu et c’est un non évènement d’une gravité extrême pour le fonctionnement 5ème République ; la crise déjà préoccupante de la représentativité se mue en une crise encore plus grave de la légitimité du pouvoir politique.

Quel que soit le résultat des élections présidentielles 2012, chacun conviendra que les propositions comme les débats n’ont pas été à la hauteur des enjeux posés par la crise, et encore moins à la hauteur des inquiétudes et des problèmes des français. Il n’est pas besoin de faire l’exégèse des propositions du PS ou de l’UMP, ni de se plonger dans les analyses savantes des politologues, pour constater que les campagnes de Hollande et de Sarkosy ont manqué de la hauteur nécessaire pour convaincre ; il suffit de s’enquérir des avis (non autorisés !) et des perceptions des citoyens dans toute leur diversité (ouvriers ou employés, cadres du privé ou du service public, chefs d’entreprise, petits commerçants, étudiants, retraités …) pour se rendre compte d’un désenchantement commun, d’une désillusion commune. Ils sont déçus, désabusés par le « spectacle » politique qui leur est servi, et qui semble n’obéir qu’à une simple logique de conquête du pouvoir, très éloignée de leurs préoccupations, et des véritables enjeux qui se posent au pays, dans un monde qui a profondément évolué.

Invectives, dérapages, querelles, affaires sont devenus l’essentiel d’une campagne qui oppose deux cours, deux polarisations du pouvoir, mais qui n’a que de lointains rapports avec la réalité d’une crise qui affecte durement les français, les européens et une bonne partie du reste du monde … et cela se voit : c’est un spectacle virtuel, mis en scène par des communicants, lisse, réglé, sans substance et qui témoigne d’une absence préoccupante de concrétude et de vérité. C’est surtout un spectacle qui se joue par et pour ses acteurs eux-mêmes (« élites » politiques, médiatiques et économiques), et plus pour un public de citoyens, qu’il ne s’agit plus de convaincre, de faire adhérer et de participer à leur avenir, mais bien plutôt de neutraliser. On l’avait vu lors du dernier référendum sur le traité européen, et il semble que cette logique préside désormais au fonctionnement politique global d’une République des élites, plus inspirée par une idéologie gestionnaire de ses intérêts et de ses prérogatives que par la logique de la démocratie.

L’amertume et le malaise sont partagés par une grande partie des français, de droite comme de gauche, (quoique que tente de faire accroire les « grands rassemblements populaires » des meetings retransmis par la presse), et quel que soit le taux de participation à cette élection, qui ne mesure certainement pas, ni l’enthousiasme, ni l’adhésion, fût-elle guidée par un certain réalisme.

Dans ce contexte, le résultat du vote au second tour de la présidentielle importe peu ; le futur président de la République ne sera pas « choisi » par adhésion à ses propositions, à sa personne, mais par rejet de son adversaire, par défaut. Il ne faut pas être grand clerc pour prédire que dans ces conditions, on ne donne pas cher des capacités du futur président à rassembler et à susciter l’adhésion à ses projets. Il n’y aura pas, cette fois-ci « d’état de grâce », de fenêtre psychologique pour mobiliser les énergies … et pouvoir réaliser son programme. Pour la première fois, chacun sait qu’il n’y aura pas d’homme ou de politique providentielle, et ressent que cette élection aura raté son but et que l’occasion historique de réinventer l’avenir est manquée. Les conséquences en seront lourdes, en termes de capacité à gouverner, de légitimité des gouvernants et de définition des axes politiques.

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