La campagne présidentielle 2012 n’a pas eu lieu et c’est un
non évènement d’une gravité extrême pour le fonctionnement 5ème
République ; la crise déjà préoccupante de la représentativité se mue en
une crise encore plus grave de la légitimité du pouvoir politique.
Quel que soit le résultat des élections présidentielles
2012, chacun conviendra que les propositions comme les débats n’ont pas été à
la hauteur des enjeux posés par la crise, et encore moins à la hauteur des
inquiétudes et des problèmes des français. Il n’est pas besoin de faire
l’exégèse des propositions du PS ou de l’UMP, ni de se plonger dans les
analyses savantes des politologues, pour constater que les campagnes de
Hollande et de Sarkosy ont manqué de la hauteur nécessaire pour
convaincre ; il suffit de s’enquérir des avis (non autorisés !) et
des perceptions des citoyens dans toute leur diversité (ouvriers ou employés,
cadres du privé ou du service public, chefs d’entreprise, petits commerçants,
étudiants, retraités …) pour se rendre compte d’un désenchantement commun,
d’une désillusion commune. Ils sont déçus, désabusés par le « spectacle »
politique qui leur est servi, et qui semble n’obéir qu’à une simple logique de
conquête du pouvoir, très éloignée de leurs préoccupations, et des véritables
enjeux qui se posent au pays, dans un monde qui a profondément évolué.
Invectives, dérapages, querelles, affaires sont devenus
l’essentiel d’une campagne qui oppose deux cours, deux polarisations du
pouvoir, mais qui n’a que de lointains rapports avec la réalité d’une crise qui
affecte durement les français, les européens et une bonne partie du reste du
monde … et cela se voit : c’est un spectacle virtuel, mis en scène par des
communicants, lisse, réglé, sans substance et qui témoigne d’une absence
préoccupante de concrétude et de vérité. C’est surtout un spectacle qui se joue
par et pour ses acteurs eux-mêmes (« élites » politiques, médiatiques
et économiques), et plus pour un public de citoyens, qu’il ne s’agit plus de
convaincre, de faire adhérer et de participer à leur avenir, mais bien plutôt
de neutraliser. On l’avait vu lors du dernier référendum sur le traité
européen, et il semble que cette logique préside désormais au fonctionnement
politique global d’une République des élites, plus inspirée par une idéologie
gestionnaire de ses intérêts et de ses prérogatives que par la logique de la
démocratie.
L’amertume et le malaise sont partagés par une grande partie
des français, de droite comme de gauche, (quoique que tente de faire accroire
les « grands rassemblements populaires » des meetings retransmis par
la presse), et quel que soit le taux de participation à cette élection, qui ne
mesure certainement pas, ni l’enthousiasme, ni l’adhésion, fût-elle guidée par
un certain réalisme.
Dans ce contexte, le résultat du vote au second tour de la
présidentielle importe peu ; le futur président de la République ne sera
pas « choisi » par adhésion à ses propositions, à sa personne, mais
par rejet de son adversaire, par défaut. Il ne faut pas être grand clerc pour
prédire que dans ces conditions, on ne donne pas cher des capacités du futur
président à rassembler et à susciter l’adhésion à ses projets. Il n’y aura pas,
cette fois-ci « d’état de grâce », de fenêtre psychologique pour
mobiliser les énergies … et pouvoir réaliser son programme. Pour la première
fois, chacun sait qu’il n’y aura pas d’homme ou de politique providentielle, et
ressent que cette élection aura raté son but et que l’occasion historique de
réinventer l’avenir est manquée. Les conséquences en seront lourdes, en termes
de capacité à gouverner, de légitimité des gouvernants et de définition des
axes politiques.
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